L’heure des remèdes pour Dramatik

Le rappeur Dramatik a recherché un son plus intemporel dans la création de son dernier album.
Photo: Gunther Gamper Le rappeur Dramatik a recherché un son plus intemporel dans la création de son dernier album.

S’il y en a un, du haut de sa stature imposante, qui a le droit de rapper sur la misère et la rue, c’est bien Dramatik. Enfance ardue, adolescence pas plus heureuse : l’ancien membre du mythique groupe montréalais Muzion avait raconté ses malheurs sur son premier effort solo, La boîte noire, paru en 2009. Cinq années plus tard, sans oublier ses racines, Dramatik avait envie d’un peu de lumière.

 

« Quand j’étais plus jeune, j’ai été pris en main par la DPJ, ma première école c’était l’Hôpital Rivière-des-Prairies, j’avais des problèmes de comportement, et tout ça, raconte Dramatik, de son vrai nom Bruno Jocelyn. En 2004, je suis allé prendre mes archives là-bas, et j’avais décidé d’en faire l’album La boîte noire.Si sur ce disque-là le ton était à la plainte, c’était maintenant le temps de trouver des remèdes, des médicaments, même si ça reste peut-être juste un effet placebo. Radiothérapie, c’était mon prétexte pour ne pas rester dans mon nuage gris. »

 

Du soleil, donc, de la lumière. Des rayons, précise le montréalais d’origine haïtienne. « “Ra” pour le radium, pour le dieu soleil, pour rayonnement. Ma vie est beaucoup moins dramatique qu’avant. J’ai la chance de faire de la musique, d’avoir des enfants, de faire des barbecues, d’aller chez Maxi pour acheter des côtes levées ! Je ne voulais pas faire du rap sur la guerre, sur les bombes, ça serait un mensonge par rapport à ce que je vis en ce moment. »

 

L’histoire du rap

 

Côté bonheur, pensons aux pièces Do it !, Barbancourt, et Brille, chantée avec Awadi. Tout n’est quand même pas rose bonbon sur Radiothérapie, réalisé par DJ Horg. Dramatik a un regard aiguisé sur la société, la consommation, et sur sa scène musicale. Il cite d’ailleurs de nombreux vétérans du rap, de Public Enemy à NWA, en faisant un clin d’oeil à IAM en répétant « dangerous » sur Guns, haine, rosaires.

 

« Moi, je viens d’un certain âge d’or du rap, je suis l’un des derniers de ma génération, et cet album-là va servir à remplir les archives, parce qu’il manque d’archives en ce qui concerne les années 1986 à 1993. Y a presque pas d’articles, d’images, de vidéo de cette époque où on portait des chemises à pois, des High Top, et tout ça ! Cet album-là, c’est pas juste un album, c’est un outil, un outil d’éducation peut-être. »

 

Dramatik a lui-même créé la plupart des rythmiques, que le DJ Delicate Beats a ensuite enrobées. Radiothérapie n’est pas fait du son du jour, n’étant presque pas électronique, voire hyper classique. « Je voulais que cet album-là dure cinq ans, dix ans, dit Dramatik. Pourquoi un album de rap serait bon pour un an seulement ? D’où l’envie de faire des tracks plus intemporelles, où j’ai choisi de ne pas mettre des sons de synthétiseurs à gauche et à droite, avec des samplings déjà faits pour la saveur du mois. » Il y a des rayons qui meurent moins vite que d’autres, quoi.

Radiothérapie

Dramatik