​Catherine Durand au Petit Outremont: immense et intime

Immense et intime, voilà le nouveau spectacle de Catherine Durand que nous avons obtenu, absolument pas déficitaire.
Photo: Jacques Grenier - Archives Le Devoir Immense et intime, voilà le nouveau spectacle de Catherine Durand que nous avons obtenu, absolument pas déficitaire.
Elle aurait pu se présenter seule avec sa Gibson acoustique, nous chanter ça comme en première partie de Richard Séguin l’été dernier: qui se serait plaint? Pas moi. Pas nous qui lui remplissions le Petit Outremont ce mercredi soir. Peut-être elle. Ça s’entendait à la grandeur de son mur Facebook à mesure qu’approchait la fin de sa plus récente tournée avec «full band»: Catherine Durand aimait ça et l’écrivait. Du son, du beau son, du gros son, elle était comblée. Quel bonheur de pouvoir élargir encore les arrangements si magnifiquement texturés et modulés et amples de ses deux derniers albums, Cœurs migratoires et Les murs blancs du Nord. Comment vouloir moins?

Seulement voilà, notre Catherine Durand, si valeureuse soit-elle, ne peut tout simplement pas se permettre la totale à toutes les fois: ce n’est pas viable en ces temps chagrinés, même un Séguin tourne en trio. Alors quoi? Alors la débrouillarde, la battante, l’indomptable Catherine a trouvé une solution. Ou plus exactement, elle a trouvé un type à huit bras et quatre jambes pour être son groupe. Son «musicien pieuvre», dit-elle: Marc Papillon-Ferland, celui d’Éli et Papillon. Qui plus est, elle a travaillé ses pickings à la Gibson électrique jusqu’à devenir bigrement efficace (ne refait pas les licks de Joss Tellier qui veut), elle s’est aménagé des effets de voix, etc. Bref, Catherine s’est constitué un duo de choc, avec lequel une tournée redevient à la fois possible et musicalement satisfaisante. Dont acte. 

Immense et intime, voilà le nouveau spectacle que nous obtenions, absolument pas déficitaire: j’avais réécouté les récents albums en chemin, avais en tête toutes ces ambiances et ces murs de son, et je ne regrettais rien. Oh, à peine un solo de Joss ici et là. Les versions données mercredi de L’aube t’attendra, Point de départ, Sur mon île, Souvenirs, Je vais rester, Cœurs migratoires, était gagnantes à tous points de vue : on bénéficiait de la petitesse du lieu pour le surcroît d’attention (une telle proximité, hors d’un café ou d’un bar, est un privilège: on entendait chaque mot de ces histoires d’amour tristes et belles), tout en goûtant les solutions trouvées par Catherine et son Papillon pour agrandir l’horizon. 

Rien qu’avec le piano utilisé façon Fender Rhodes, et la guitare électrique un peu trafiquée de Catherine, on ne perdait rien des modulations d’une chanson aussi ambitieuse que Dans la gueule du loup, ou la pinkfloydienne À chacun sa pierre qui tombe. Parfois, Papillon papillonnait du clavier au violon et du violon à la grosse caisse, et ça permettait de rendre toute la joliesse de Peine perdue. Les plus anciennes du répertoire, Diaporama, Souvenir de toi, trouvaient pareillement fraîcheur et pertinence: le son Papillon-Durand est cohérent, souple, éminemment adaptable. 

Le fait est que ce spectacle — assorti de deux nouvelles chansons qu’on aime déjà, faut-il dire en plus — offre à la kyrielle de petits lieux sympas du Québec, genre Zaricot de St-Hyacinthe, le meilleur de deux mondes: la bonne franquette et des arrangements complexes. Ce n’est pas rien. Que ça se sache jusqu’à Fermont.