Philippe Brach mène d’une tête (frisée)

Philippe Brach
Photo: Jean-François Leblanc Philippe Brach

« Vous ne voterez pas pour Yoan », a lancé l’animateur-pilier des Francouvertes, immuable et pince-sans-rire Claude Grégoire. Rires parsemés. On pouvait commencer. On était lundi, au premier des trois soirs de demi-finales des Francouvertes, mes premières demi-finales de Francouvertes à vie. D’ordinaire, la finale me suffit, quand je ne suis pas à Ma première Place des Arts, concours concurrent qui a souvent eu par le passé l’art de programmer ses décisives soirées (volet interprète, volet auteur-compositeur-interprète) le même soir. Il se trouve cette année que le collègue Philippe Papineau, notre attitré des Francouvertes, officiera dans le jury de la grande finale du lundi 12 mai (au Club Soda), alors je me suis risqué. Découvertes à faire ? Groupes pas aboutis à subir ? J’ai apporté mon air dubitatif avec moi, en laisse, à tout hasard.

 

Mercredi soir tard, très tard, on annonçait les trois retenus, sur les neuf chanteurs ou groupes en lice : dans l’ordre des votes (50 % jury, 50 % public) se sont distingués Philippe Brach, Julie Blanche et Deux pouilles en cavale. Réaction à chaud : j’aurais dû apporter mon air ahuri, au lieu de l’air dubitatif. Brach, vraiment ? Deux pouilles en cavale, sérieusement ? Julie Blanche, je peux pas m’étonner, j’étais pas là pour la deuxième demi-finale qui avait lieu mardi, et mardi, c’était la dernière de l’Open Country de Mountain Daisies au Verre Bouteille, soirée spéciale dévolue aux vastes prairies du répertoire de Marcel Martel, et j’allais pas me priver de ce rare bonheur qui fait tant de bien à mon coeur de chroniqueur. Eh ! Renée Martel qui partageait Hello chérie avec Pierre Flynn (oh, le beau mariage !), Stephen Faulkner en feu, Stéphane Lafleur d’Avec pas d’casque offrant la version la plus émotionnellement dénudée jamais entendue d’Un coin du ciel, je n’aurais pas voulu être ailleurs.

 

Mon espion a aimé Julie Blanche

 

J’avais quand même prévu le coup pour les Francouvertes : le rapport de mon expert-espion secret non identifié m’attendait en message Facebook privé mardi soir. De Julie Blanche, que du bien : « Quel univers, quel son, quelle noirceur qui nous éclaire pareil. On reste (peut-être trop) dans la lignée de son comparse et collaborateur aux textes comme à la scène, Antoine Corriveau. » J’aurais aimé ça, je crois bien, le fait est que j’aime les clips d’elle sur www.francouvertes.com (il y a des clips de tous les participants).

 

Mais Deux pouilles en cavale ? Ces deux-là étaient trois, en vérité, tels les trois mousquetaires qui n’étaient pas deux non plus, et ils s’adonnent à une sorte de néo-prog frénétique, certes goupillé à la milliseconde, mais du genre qui se vit en circuit fermé : ils se regardaient jouer, comme dans leur « shed du Saguenay » (leur local), et le public aurait pu profiter du bon air si l’air avait été bon (on se les gelait encore, mercredi soir). Ça chantait parfois entre les arpèges fous, mais sans véritable chanteur. Dubitatif ? Comme le PQ un soir de Couillard. Drôle de troisième demi-finale en général : on a bien rigolé avec les Acadiens des Hôtesses d’Hilaire, mais on avouera que leur rock classique à base de bière déversée sur la tête du chanteur ne risque pas trop de sortir des clubs. Jacques Bertrand Junior, nouvelle incarnation de Jérémi Mourand, dans le genre sous-Lou Reed ex-punk grinçant, fallait être amateur.

 

Brach plutôt bon… sur disque !

 

Et Philippe Brach ? Lundi soir, c’est le rappeur Bobby One qui m’a plu, allez comprendre. Peut-être parce que je comprenais, justement : le copain de Koriass a un propos, de l’humour, de l’élocution, et peut émouvoir sans pathos (sa chanson Je me rappelle, évocation du grand-père sombrant dans l’oubli de l’Alzheimer, touchait juste). De P.A.P.A. (Pas d’Argent, Pas d’Agent), l’autre rappeur de la soirée, je dirai seulement : P.C.P.T. (Pas de Classe, Pas de Talent).

 

Brach l’a peut-être joué trop « lubrique » (c’est dans sa description de tâches) et pas assez musique, au Lion d’Or. Riffs mous, rendus lousses. M’a laissé… dubitatif. Le lendemain, je recevais l’album. Opportunément, c’est le moins qu’on puisse dire. Le Philippe Brach du disque me plaît pas mal plus que le grand frisé de la scène : la mauvaise première impression n’aura pas tenu longtemps. À l’écoute de ce disque finement arrangé et réalisé par Pierre-Philippe Côté, le gars sensible se révèle derrière le cabotin et ses histoires de brosses : « Couché dans mon lit/Cuillère avec ton pli/Qui s’efface sous les draps/À chaque vague de bras » (Ressac sur ta peau).

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