Les grands explorateurs

Damian Nisenson, saxophoniste et organisateur du festival Malasartes, divertit Socalled et son chien Poopsy.
Photo: Michaël Monnier - Le Devoir Damian Nisenson, saxophoniste et organisateur du festival Malasartes, divertit Socalled et son chien Poopsy.

À l’image du label du même nom, le festival Malasartes est un événement de création à la croisée desmusiques du monde, de la musique actuelle et du jazz contemporain. En clôture, on offre ce mercredi à la Sala Rossa le projet Songs for Runaway Girls, suivi de la rencontre de grands explorateurs : Socalled et NoZen, le groupe mené par Damian Nisenson, saxophoniste et organisateur de Malasartes.

 

D’un côté, le créateur de beats échantillonne, chante, rappe et joue le clavier ou l’accordéon au son de sa musique multipliée, groovée, syncopée, théâtralisée, « mile-endisée », mondialisée, en grandes familles. De l’autre, un superbe groupe montréalais avec des âmes fortes, aux structures ouvertes, à l’improvisation free jazz, avec des inflexions de rock dur, des rythmiques denses et des moments plus intimes.

 

Des points communs entre les deux : la musique hassidique, le klezmer et d’autres inflexions juives. « On fait nos pièces dans son style [à Socalled] et l’inverse », résume Damian Nisenson. Socalled relance : « C’est aussi pour moi une occasion d’essayer quelques nouvelles pièces. J’ajoute mon son au leur. Une façon d’introduire cette espèce de musique de danse, électronique, avec un ensemble de jazz. »

 

L’effet diaspora

 

Un autre lien rapproche les deux complices : « C’est l’effet diaspora, raconte Socalled. Damian est né en Argentine et moi à Ottawa, mais nos racines sont d’Ukraine, de l’Europe de l’Est et de ce monde yiddish perdu. Nous nous sommes rencontrés à Montréal avec des histoires différentes. » Damian et Socalled sont juifs, mais ne sont pas que ça. « La culture juive fait partie de mon histoire, mais c’est devenu un élément de ma musique et non sa seule raison d’être », dit Socalled. Damian en rajoute : « Moi, je me sens un musicien et un créateur, pas un musicien juif ou latino. J’aime bien l’idée de faire un cocktail de tout ce que j’ai en moi. »

 

Et comment l’actualité politique québécoise, du printemps étable aux élections de la semaine dernière, peut-elle influencer leur création ? « Pour moi, l’histoire de la charte, c’était une farce. Quand j’ai vu les images de ce qui était permis et de ce qui ne l’était pas, j’ai joué un peu avec ça. Je crois que le message non littéral de ma musique, c’est une critique de cette attitude d’exclusion des différences », répond Socalled.

 

Damian raconte son attitude : « Dans ma musique, je ne parle pas de la réalité immédiate, mais il est clair que la politique a une influence sur mon état d’esprit et cela peut se transposer dans mes compositions. Présentement, je suis pas mal fâché contre ce qui vient de nous arriver avec les élections. » Suite des explorations : ce mercredi soir.


Collaborateur

 



À la Sala Rossa, ce mercredi à 20 h. Renseignements : 514 284-0122, www.malasartes.org