Vivre debout… et fier du nouvel album!

Chansons engagées, chansons de foi et chansons réconfortantes... Il y a tout cela sur le nouvel album de Gilles Vigneault, qui y parle beaucoup d’âme.
Photo: François Pesant - Le Devoir Chansons engagées, chansons de foi et chansons réconfortantes... Il y a tout cela sur le nouvel album de Gilles Vigneault, qui y parle beaucoup d’âme.

Et le disque, hein, Gilles Vigneault ? Ses arrangements si joliment jazzy ! Les musiques à fleur de mots de Jean-François Groulx et Dan Thouin, la réalisation tellement délicate et portante de Daniel Lavoie, qui permet d’écouter Vivre debout comme un tout, voyage éminemment agréable… « Oui, le disque !, s’exclame Vigneault dans la grande pièce de l’ancien restaurant. Donnons-lui sa chance ! Il est beau, et j’en suis fier ! »

 

Ce serait trop bête autrement, je suis à Saint-Placide pour ça d’abord, et pas pour le bilan électoral, parlons de ce tout nouveau disque même s’il sort avec le mauvais sort collé à l’arrière-train ! Oui, ce disque parle du pays, mais de tant de façons, jusque dans Pour le voyage : « J’ai mis le mot : PAYSAGE/Dans la tête de l’enfant/C’est un pays de son âge […] L’enfant rêve… et moi aussi… » Ce pays-là n’a de frontières que celles de l’imaginaire. « C’est un viatique, cette chanson. Un petit bagage pour le voyage. Cet enfant, qui aura un jour 20 ans, 25 ans, il ira plus vite que nous autres. Pour l’enfant, tout demeure possible. »

 

Pour autant qu’il y ait encore une planète pour que ce soit possible dessus. Cet album, qui ne sera pas longtemps l’album-du-lendemain-de-la-déconfiture dans le grand-oeuvre de Vigneault, révèle à qui s’y promène une grande route qui va de la petite enfance de l’homme de Nastasquan jusqu’à la place de l’Homme sur la Terre. « Dans L’inventaire, la chanson qui ouvre l’album, je commence par faire un petit bilan de moi, mais, mais… y a pas que moi ! Y a autour de moi. Y a la Terre. » Conscience aiguisée par ses « quatre-vingt-cinq ans de cette planète », il en vient vite à l’état des lieux. « Comme passager de ce beau navire/Il m’est apparu urgent de vous dire/L’état du bateau/Sans connaître à fond la marche des astres/Je crois qu’il s’en va droit vers le désastre/De l’air et de l’eau/Sur ce caillou rond, sept milliards de têtes/La moitié qui vend l’autre qui achète/La vie et la mort/Deux milliards d’entre eux n’ont pas d’eau potable/N’ont rien dans les pieds, n’ont rien sur la table…/Bienvenue à bord ! »

 

Parler politique, oui, mais à dimension humaine et à grandeur d’humanité. Vivre debout, disque d’un homme qui vit ici, mais citoyen du monde. « C’est autant le disque de L’isoloir que le disque de L’uranium : deux chansons engagées, pamphlétaires, qui se répondent, qui parlent de nos choix et des conséquences de nos choix. » Chez Vigneault, tout est lié, tout se rejoint. « Tu viens me voir en homm’d’affaires/Les mains pleines de milliers d’emplois/Avec ton savant nucléaire/Compteur Geiger au bout des doigts… »

 

Une doudou et la foi

 

Font contrepoids des rimes bienfaisantes et réconfortantes : on s’enveloppe dans la doudou de la Berceuse pour une petite poupée, on replonge dans la petite école et ses comptines dans Tu chantais (fox-trot délicieusement dansant, très années 1940), on chérit le bonheur de ne pas être seul dans Les silences, discret et tendre hommage de Vigneault à sa compagne Alison : « Dans l’église de mon silence/Une femme prie et… c’est toi/Cherchant les couleurs de la foi/ Au beau vitrail de l’espérance ».

 

La foi ! Cet album parle beaucoup d’âme. Le disque se clôt ainsi : « Mais l’âme attend le grand silence/Pour enfin sortir de prison ». Vigneault est intarissable sur la question. « La foi aura été pour moi une aventure passionnante. C’est une aventure qui demande à celui qui part en voyage — le voyage de la vie — de jeter une voile en avant. Pour être certain d’en voir une. On en voit une et puis une autre devant, et d’autres voiles encore, et à la fin, on se dévoile. Tout ça aide à croître. Croire, c’est croître. C’est apprendre peu à peu à faire confiance. »

 

C’est toute la difficulté, dis-je, on y travaille toute sa vie. Pas évident de s’abandonner à l’autre ! « Ah ! Tu viens de tout dire. La foi, c’est le grand abandon. L’espoir en l’autre. Et ça, c’est porteur, comme on dit. » Surtout aujourd’hui ? « Surtout aujourd’hui ! »



VIVRE DEBOUT

Gilles Vigneault

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