Droits d’auteur : pour un retour du balancier vers les créateurs

La musique est partout, presque continuellement sur les ondes commerciales, disponible sur demande sur une quantité grandissante de plateformes numériques telles que Pandora ou Songza. Mais il est temps que les redevances qui y sont associées soient plus avantageuses pour les créateurs, ont plaidé jeudi plusieurs observateurs et défenseurs du droit d’auteur lors des Rencontres de l’ADISQ.

 

Marcel Boyer, professeur émérite de sciences économiques à l’Université de Montréal, a surpris la salle en lançant que dans les radios commerciales, la valeur des droits d’auteur qui sont versés « est encore sous-évaluée de 50 % », et ce, malgré la hausse de 30 % qui avait été installée en 2005. « Ce n’est pas une opinion, c’est le résultat de l’analyse des faits, dit M. Boyer. 80 % de leur programmation, c’est de la musique, et 20 % c’est du parlé. Ça, c’est une décision des opérateurs de radios ; ils décident de mettre autant de musique, car sinon, ça réduirait la valeur de leur station. »

 

La directrice générale de l’ADISQ, Solange Drouin, se questionne aussi sur ce que vaut la musique, et s’inquiète de voir sa valeur d’échange détournée entre d’autres mains que celles des musiciens. « Peut-être que la valeur d’échange est là, mais qu’elle est accaparée par d’autres personnes que celles du milieu, comme les services de musique en ligne, ou les services d’accès Internet ? On va avoir besoin de correctifs pour s’assurer que [la création] se renouvelle. Sinon il y aura plus de Rencontres dans cinq ans. »

 

Éric Baptiste, le chef de la direction de la SOCAN, qui s’occupe des droits d’auteurs des artistes canadiens, a tout de même donné quelques bonnes nouvelles, annonçant que 2013 avait été une année record, la société ayant amassé 276 millions pour ses membres. « Mais à partir du moment où les médias traditionnels vont voir leur marché s’effriter, on ne pourra plus revenir là », a-t-il précisé.

 

C’est le principal défi à venir, croit Ian J. Mackay, président de Re :Sound, un organisme proche parent de la SOCAN. « Avec Songza, Pandora, c’est compliqué. Les gens consomment de la musique plus que jamais, mais le défi est demonétiser ça, que l’argent revienne aux créateurs. »

 

En guise de solution, M. Boyer a proposé un système de redevance qui serait basé sur la consommation davantage que sur les profits des entreprises. Sinon, il faudra scruter le gain en capital de ces entreprises, a ajouté M. Baptiste. « Leur rentabilité n’est pas prouvée, mais ils ont une très grande valeur en Bourse. »Follow the money…