De l’acceptabilité des compromis

Cette présentation d’Hänsel und Gretel est un gros pari de l’Opéra de Montréal, qui transporte à Wilfrid-Pelletier son spectacle de l’Atelier d’opéra. Un pari pour remplir quatre fois (dont aucune représentation en matinée pour un opéra qui concerne les enfants…) 2850 places avec un ouvrage à l’égard duquel le monde francophone entretient un malentendu historique. Un pari, aussi, pour de jeunes voix en formation, exposées dans une salle au rendement acoustique déficient. Pari, enfin, de rendre avec trente musiciens la magie wagnérienne de la partition qui, outre l’utilisation de leitmotiv, culmine dans un tissu d’atmosphères orchestrales profondes.

 

Nouveauté : les élèves de l’École du cirque ont été sollicités pour la première fois par l’Atelier d’opéra. C’est l’une des bonnes idées du spectacle, car les jeunes artistes habillent de poésie visuelle deux passages importants : le rêve des enfants, perdus et endormis dans la forêt, et la scène dans la maison de pain d’épices. Ces moments ne sont pas prétextes à exhibitions spectaculaires, mais à des évolutions poétiques.

 

Le commentaire critique de la soirée dépend largement du point de vue. Juge-t-on un spectacle d’atelier amélioré ? Ou bien considère-t-on qu’il s’agit de la 5e production annuelle de l’Opéra de Montréal, réalisée au rabais ? L’acceptabilité des compromis dépend très largement de la perspective.

 

En tant que spectacle postestudiantin, c’est du grand luxe. La scénographie se déploie à partir d’une niche creusée dans un livre géant de contes des frères Grimm. Ce qu’il advient des enfants se déroule ensuite entre les pages disposées sur scène. La taille des décors rend très crédible le fait que nous avons affaire à des enfants. On ne voit pas la maison en pain d’épices, mais les enfants y entrent par une sorte de triangle. Le déficit est compensé par d’autres belles inventions : les ombres chinoises du 1er acte ou la robe de la fée, qui s’illumine de l’intérieur…

 

Le compromis majeur, inacceptable si l’on prend le parti de considérer Hänsel und Gretel comme un spectacle de la saison régulière, est l’économie faite sur l’orchestre. L’essence même de l’oeuvre d’Humperdink est la magie des couleurs orchestrales, la création de climats, une texture dont, à 30 instrumentistes, il ne reste rien, hors du squelette de la veine mélodique.

 

Par contre, cet accompagnement clair mais rachitique permet aux jeunes voix de passer la rampe. Et la distribution, dont la vedette incontestable est Emma Char en Hänsel, est excellente. Seule France Bellemare, bonne chanteuse au demeurant, n’a pas le profil vocal de la mère. McGill avait il y a deux ans une chanteuse nommée Tracy Cantin, avec l’exacte voix de ce rôle, mais elle est à l’Atelier d’opéra… de Chicago !

HÄNSEL UND GRETEL

Opéra d’Englebert Humperdink présenté par l’Opéra de Montréal. Avec Emma Char (Hänsel), Frédérique Drolet (Gretel), Cairan Ryan (le père), France Bellemare (la mère), Rachèle Tremblay (la sorcière), Florie Valiquette (marchand de sable et fée), Membres de l’Orchestre métropolitain, Alain Trudel. Mise en scène : Hugo Bélanger. Costumes : Naomi Fontaine. Décors : Odile Gamache. Éclairages : Julie Basse. Salle Wilfrid-Pelletier, jeudi 27 mars 2014. Reprise samedi.