Jugement limpide

Après Theodora, en mai 2013, Bernard Labadie nous révélait un autre grand oratorio de Haendel, Solomon, articulé en trois tableaux autour du fameux roi et juge Salomon. Le premier relate sa spiritualité et l’amour l’unissant à la reine, le second est une scène de jugement, départageant deux femmes, et le troisième exalte, en présence de la reine de Saba, les merveilles de son royaume.

 

Les moments les plus connus sont l’Arrivée de la reine de Saba, prélude à la dernière partie, et le duo entre Salomon et sa reine dans la première. Mais il y a d’autres grands moments : le double-choeur du début, avec huit lignes vocales indépendantes qui s’entrecroisent ; le choeur final de la 1re partie, qui semble se vaporiser dans l’air ; les récitatifs de Salomon, si bien habités par Marie-Nicole Lemieux, lors du jugement ; le portrait juste et douloureux de la femme plaignante (Karina Gauvin) ; les deux grands choeurs de la 3e partie, judicieusement intervertis par Bernard Labadie et, cerise sur le gâteau, le nuage sonore formé par un hautbois et deux flûtes dans le dernier air de la reine de Saba.

 

Il faisait chaud au coeur de voir que le public de la Maison symphonique, silencieux comme jamais, a réservé, à l’issue d’une soirée de 3 heures et 20 minutes, une ovation debout et bruyante comme les hourras d’une foule sportive après un but. Oui, les solistes, la Chapelle de Québec, les Violons du Roy, à l’issue d’un oratorio de Haendel, ont été encore plus célébrés que Gustavo Dudamel après sa symphonie de Tchaïkovski !

 

Sans tresser à tous les solistes et à la fabuleuse Chapelle de Québec les lauriers individuels qu’ils méritent, le jugement est limpide : il suffit de reconnaître à ces musiciens le mérite de nous donner régulièrement, en saison à Québec et Montréal, les frissons, l’exaltation et la perfection que d’autres n’atteignent qu’en tournée.

 

Ce concert fut un événement majeur de notre saison.

SOLOMON

Oratorio en trois parties de Haendel. Avec Marie-Nicole Lemieux, Karina Gauvin, Krisztina Szabo, Shanon Mercer, James Gilchrist, Philippe Sly, Jacques Olivier Chartier, La Chapelle de Québec, Les Violons du Roy, Bernard Labadie. Maison symphonique de Montréal, samedi 22 mars.

1 commentaire
  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 24 mars 2014 12 h 47

    Écart de texte dommage

    Votre analyse des Violons du Roy et la Chapelle de Québec me semble appropriée et se compare d'emblée avec Dudamel. Toutefois nous voilà face à un écart de jugement Monsieur Huss. Un jugement Solomon aurait évité de critiquer l`OSM, l`organisation culturelle par excellence du Québec, comme vous l'avez fait. Suggérer qu`une fois à l' étranger ses musiciens dépassent leur performance à Montréal est un commentaire déplacé et excessif. Vos analyses sur place à Genève et Vienne auraient amplement suffit. Talleyrand disait:`L`excessif devient insignifiant`.