Une (très) grande chanteuse populaire, c’est ça!

Il fallait bien qu’elle en arrive là. À ce que son public — le grand public! — réclamait d’elle. Fatalement, son retour d’il y a quatre ans, auréolé par son disque et son show de standards jazz, en plus de rappeler que Nicole Martin est une interprète de haut niveau, donnait trop envie de l’entendre chanter aussi ses succès de palmarès, toutes ces chansons d’amour et de survie des amoureuses, de Je lui dirai à Laisse-moi partir: tôt ou tard, Nicole Martin allait embrasser sur scène sa vie d’interprète au grand complet. Et faire comprendre à qui ne l’aurait pas encore compris ce qu’est une grande chanteuse populaire. Au sens le plus généreusement et sincèrement noble du terme. 

C’est ce qu’elle a fait dimanche soir à L’Étoile DIX30, au sixième des seize spectacles d’une tournée qui n’est rien de moins que triomphale, et triomphale pour toutes les bonnes raisons. Nicole Martin a charmé sans flatter, impressionné sans esbroufe, épaté sans tape l’œil, ému sans jouer au tir à l’arc avec les cordes sensibles, démontré qu’on peut être totalement pro sans un sou de froideur, que la plus grande classe n’est vraiment grande que sans un soupçon de prétention. Tout ça, et plus. 

Je n’exagère pas le moins du monde.  Il est grand temps d’inclure Nicole Martin parmi les meilleures des meilleures. C’était patent dimanche, on est dans les alentours de la Ginette Reno du spectacle rétrospective du Centre Bell (ou était-ce Molson, je ne sais plus…), de la Michèle Torr d’Emmène-moi danser ce soir, d’une Petula Clark. Chanteuse de variétés au superlatif.

Et même un peu de trad

Rien qu’à la chanson d’ouverture, immortelle des immortelles de Stéphane Venne, l’hymne populaire Il était une fois des gens heureux (thème des Plouffe, le film), on constatait: elle l’a, Nicole Martin. Elle a intégré l’art d’interpréter, cet équilibre si difficile à maintenir entre la maîtrise des effets, le lâcher-prise, la saine retenue et la réelle intensité. Qu’il s’agisse de ses grands succès dramatiques des années 1970 (merveilles mésestimées, indéniablement justes dans le propos, souvent signées Pierre Létourneau), de sa période disco (Rien n’est impossible), de ses plaisirs jazzy (Plus je t’embrasse, Tout le jour toute la nuit), tout lui allait parce que rien n’est emprunté. Pas une seule chanson au programme de dimanche qu’elle n’ait fait sienne, y compris un réjouissant segment trad Mes Aïeux-La Bolduc (mêlant tout naturellement Dégénérations à Ça va v’nir, découragez-vous pas). Variation des genres vécue sans étrangeté, comme il se doit dans un véritable spectacle de variétés.

Tout n’était pas parfait, la première partie éclipsait un peu la seconde, les morceaux cocktail lounge prenaient sans doute un peu trop de place (en enlevant d’autant à des titres donnés en medley, Une photo de toi / Tes yeux / Oui paraît-il), mais je chipote: l’orchestre de pointures dirigé par Julie Lamontagne avait besoin de s’éclater un peu en terrain jazz, et il y avait du plaisir à prendre là aussi. Variétés, mot-clé. D’autant que la voix de Nicole Martin, cette magnifique voix au voile rauque si particulier, rendait tout avec un égal bonheur, belles notes graves d’une sensualité palpable, registre aussi large qu’au premier jour, poussées juste assez puissantes dans les hautes. La palette complète. 

Grande chanteuse populaire, je le répète, mais aussi grande chanteuse, tout simplement. Puisse un public plus large que le contingent (quand même imposant) de ses fans des années 1970 et 1980 avoir la chance d’en saisir la pleine mesure. Ce n’est pas trop tard: il y a les spectacles restants de la tournée, ceux qui suivront assurément, et ce qui viendra après. Nicole Martin n’a pas fini de chanter.

Variété vécue 

Post-scriptum nécessaire: depuis jeudi dernier, j’ai été soulevé par la pop enlevante du groupe Groenland, enveloppé dans la bonne chaleur de Claire Pelletier, et franchement ravi par cette grande soirée de chanson populaire avec Nicole Martin. Vaste et beau territoire que le mien, je trouve. Et le vôtre? Il y avait ces spectacles et pas mal d’autres les mêmes jours, un peu partout. Il y en aura encore. Parcourons au gré de nos goûts (ou sur les pas de nos guides préférés) la planète musique et les pays chanson, mais surtout, sillonnons-les frontières abolies, ni hipsters ni «grand public». De Nicole Martin à Philippe B., d’Émile Proulx-Cloutier à Beck, on est toujours au même indispensable endroit.
1 commentaire
  • guy marin - Inscrit 17 mars 2014 19 h 25

    Le petit milieu

    Le «petit»milieu de la chanson pop au Québec laisse de moins en moins de place à ces artistes véritables, qui à force de talents et de leurs propres leviers promotionnels, si minces soit-ils, finissent parfois par laisser une trace importante. Ce «petit»milieu pop va certainement s'empresser de lui offrir le show «as been» dégradant : Où sont passés nos idoles ?! So what! Un artiste ça ne vieillit pas et malgré le monopole des «majors» québécois... Bravo Mme Martin pour votre courage et votre persévérance de faire fi des autres et de rendre votre art avec cette dignité