Des airs de Radio YOLO

Les deux piliers de Radio Radio, Gabriel Malenfant et Jacques Doucet
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Les deux piliers de Radio Radio, Gabriel Malenfant et Jacques Doucet

Régulier comme un métronome depuis son premier disque en 2008, Radio Radio revient tous les deux ans avec du nouveau son. À quelques jours du début officiel du printemps, les rappeurs acadiens lancent l’explosif Ej feel zoo, un disque de party pur jus fait en réaction à leur Havre de grâce, davantage chargé. Sortez vos deckshoes les plus confortables et préparez-vous pour le bal, car Radio Radio prend des airs de Radio YOLO.

 

Gabriel Malenfant et Jacques Doucet, les deux piliers de Radio Radio, entrent dans le café tout excités après les quelques minutes de séance photo. Le temps est encore frais, mais le soleil plombe, et les gars ont fait des pirouettes dans la rue pour notre chasseuse d’images. « On a essayé de recréer les Beastie Boys » manière Sabotage, dit Doucet en rigolant, enlevant son élégant manteau bleu marine.

 

Depuis Cliché Hot, à coups de Jacuzzi, de Galope et de 9 Piece Luggage Set, on ne peut pas dire que Radio Radio a proposé de la musique lente, douce ou triste, préférant de loin mettre le sourire sur les visages plutôt que d’alimenter le vague à l’âme. Mais l’album Ej feel zoo a quelque chose de plus frivole, de plus efficace dans les refrains, et de plus léger.

 

Il n’y a qu’à parcourir les titres et citer quelques paroles pour s’en convaincre. Sur Boomerang : « Join ma tribu j’join ta gang / All out boomerang / Fais pas accroire / T’aimes pas notre slang. » C’est suivi de Pour la fun : « Chu icitte pour changer les ondes / Pour le fun avec plaisir ». Plus loin ? Holiday, Bachelor Party, Su Hold, Dette (« Ej plan pas de les payer »), Tcheindre Together (« C’est la nuit / Fais comme si / C’est la dernière soirée de ta vie ») et on en passe.

 

Visiblement, Radio Radio se la joue Radio YOLO — You only live once, un genre de carpe diem moderne. Gabriel Malenfant éclate de rire. « Exactly, c’est exactement ça ! C’est sûr qu’avec Havre de grâce, on s’est permis d’explorer davantage les plaines musicales, c’était moins beachy, plus sombre, plus introspectif. Ej feel zoo, c’est une réponse à ça ; on voulait quelque chose de plus simple, mais de l’fun. C’est le party, les vacances, c’est sortir l’instinct animal. »

 

L’animal ? Logique de « feeler zoo » alors. L’expression est efficace, se dit bien et peut s’appliquer largement. « On était rendus au chalet pour enregistrer à Baie Sainte-Marie. On avait fait quelques chansons dans la journée et, un moment donné, le côté zoo est ressorti ; on voulait faire quelque chose sur le thème animal, peut-être bien à cause de Galope ou je ne sais pas quoi, raconte Jacques Doucet. Et quelqu’un est arrivé avec le feeling de zoo. C’est pas une expression qui existe, mais n’importe quel Acadien ou Québécois sait ce que ça veut dire, que c’est un peu hors de l’ordinaire. C’est sorti “out of the blue”, avec un petit whiskey, dehors en train de penser. »

 

Ils étaient trois

 

S’ils ne sont que deux en entrevue, c’est que leur comparse Alexandre Bilodeau — alias Arthur Comeau ou même Zander MacWeegan — fait désormais bande à part. Il a bien créé la musique d’Ej feel zoo avec ses deux collègues, mais le producteur laisse la scène et les présences publiques à Doucet et Malenfant. Mardi, il lançait d’ailleurs un disque solo, intitulé 3/4, sur étiquette P572.

 

« Il a essayé de se recréer, et il veut s’aventurer dans des chansons, explique Jacques. Il a comme cinq noms ; on ne demande pas de comprendre, c’est un artiste ! Moi-même, je peux même pas prétendre comprendre la moitié de ce qu’il fait ! Mais il est bon dans ce qu’il fait. En studio, il se met dans sa zone, et il travaille. Pour le disque, il jouait avec nos flots, il s’adaptait à nous, et nous à lui. »

 

Ej feel zoo a parfois des airs de musique de club, mais très riche, pleine d’influences. On sent le disco ou le funk à certains endroits. La guitare du Kim Ho (Creature) donne un petit côté africain à 50 Shades of Beige, et ailleurs on est dans des eaux quasi klezmer ou trad, portées par… un violon. Un violon ?

 

« J’ai commencé à faire de la musique avec Alexandre ; on avait 15 ou 16 ans, et on s’était dit que jamais on n’allait mettre de violon dans une chanson, parce que notre côté acadien, c’est dans nos paroles et notre accent, pas dans la musique, dit Jacques. Mais quand on a su que Johnny Comeau, qui est une légende chez nous, était malade, on a voulu travailler avec lui. Heureusement, sa santé tourne pour le mieux. »

 

Le violoniste a enregistré quelques pistes dans un studio et les a envoyées au groupe, qui les a en quelque sorte échantillonnées sur deux chansons.

 

De l’ambition

 

Les gars de Radio Radio sont pas mal jasants, assez accessibles, mais ne manquent certainement pas de confiance et d’ambition. Et le départ de leur collègue Alexandre n’est pas pour les freiner.

 

Chacun de leur côté, ils multiplient les cours et les passe-temps. Gabriel apprend le piano et suit des cours de chant et d’espagnol. Jacques s’amuse avec la magie et apprend l’allemand grâce à une méthode audio qu’il écoute dans ses fréquents voyages entre Montréal et l’Ontario. « On vit bien de notre musique, mais on se trouve d’autres choses pour passer le temps, pour pas seulement être dans la musique. Et c’est pour garder le cerveau stimulé. »

 

Et les cours de chant, c’est pour pousser la note davantage ? « Ça aide pour le souffle, la respiration, ça donne plus de flexibilité pour ce que tu veux faire, comme MC, explique Malenfant. Et maintenant on chante beaucoup plus avec les refrains ; alors, si je peux le faire sans abîmer ma voix, les tournées iront mieux. Et on veut continuer à faire de la musique de plus en plus large, ouverte. »

 

Visiblement, ce sont les horizons de Radio Radio qui seront plus vastes à l’avenir. Sans vouloir trop s’avancer, la formation aimerait bien jouer davantage pour les gens du Canada anglais et des États-Unis. « On peut dire qu’on n’est pas fermés à faire un disque anglophone », avance Malenfant. « Ça ne veut pas dire qu’on reviendrait pas back en français, dit Doucet. On en a fait quatre, on a fait nos preuves, mais là, on veut aller dans un autre marché. […] C’est pas seulement reach for the star, c’est reach for the universe, va plus loin ! » Ça doit être ça, « feeler zoo ».

 

À coups de chansons rythmées et accrocheuses, Radio Radio s’amuse ferme sur Ej feel zoo. Nous aussi.



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