Le rock’n’roots de Dick’n’Nanette

Nanette Workman et Dick Rivers, ensemble, sur une même scène
Photo: Michaël Monnier - Le Devoir Nanette Workman et Dick Rivers, ensemble, sur une même scène

Une tournée à deux ? Dick Rivers et Nanette Workman à la même affiche ? Oh oui, oh yes. C’est plus naturel qu’il n’y paraît. Viennent du sud, les deux. Mais si. Le sud de la France pour Dick Rivers, né Hervé Forneri, le sud des États pour Nanette, née Nanette Joan Workman. La même année de naissance, les deux : 1945. L’année de la Victoire avec un grand V. L’Amérique avait sauvé le monde et s’y était installé. Il y avait une base à proximité de Nice : c’est là que le jeune Hervé dénichait ses 45-tours de rock’n’roll. Son Amérique à lui, celle d’Elvis, cet Elvis qui se faisait appeler Deke Rivers dans le film Loving You (eh oui, tout s’explique). De là aux Chats sauvages au crooner de Viens me faire oublier, du pote à Bashung jusqu’au fada de rock’n’roots pour qui écrivent un Jean Fauque et un Joseph D’Anvers, il n’y a qu’une destination, toujours la même : le sud.

 

Leur sud. Pas le même sud, dites-vous ? Le sud est affaire d’attitude, d’esprit, de désir. Comme dans la chanson de Nino Ferrer. Certes Nanette a-t-elle grandi dedans, mais c’est ici qu’elle a fini par revendiquer pleinement la sudiste en elle (écoutez ses derniers albums, et surtout le plus récent, Just Gettin’ Started, pour le comprendre corps et âme). Long chemin que le sien, qui passe par le Peppermint Lounge à New York, puis par le Québec à gogo de Tony Roman, puis le Londres des Stones et la France de Johnny Hallyday, et puis à nouveau le Québec version disco, version Plamondon, version Fiori, et ainsi de suite jusqu’à devenir NOTRE grande rockeuse sudiste.

 

« Elle est tout ce que j’aime », s’extasie Dick. Nanette sourit. Le foyer du Hyatt resplendit. Cette idée de tournée à deux n’est pas la leur, opération de promoteur qui s’est dit que les salles se vendraient mieux en programme double — une quinzaine de dates, quand même, à travers le Québec jusqu’au 8 mars —, mais Dick n’a dit oui qu’à Nanette. « On s’est connus sur le plateau de Fleurs d’amour et fleurs d’amitié, l’émission de Tony et Nanette, en 1967, rappelle-t-il. Mais le plus souvent, c’est notre amour pour la même musique qui nous a réunis : une fois, on a chanté ensemble In the Ghetto [grande chanson d’Elvis, période country’n’soul] dans un Taratata, l’émission de Nagui, en France. C’était écrit qu’on allait faire cette tournée ! »

 

Les succès, mais pas seulement les succès

 

C’était affaire de conjoncture, aussi. « Il faut offrir quelque chose d’un peu spécial pour attirer le monde, dans la business d’aujourd’hui, avec tous les festivals », accepte volontiers Nanette. « Added value. Mais il faut aussi une vraie complicité, c’est primordial. You can’t fake this. » L’occasion sera saisie d’aller au-delà du cahier de charges des succès, mais sans les éviter non plus. Chacun a suffisamment roulé « down the river » pour savoir où va le courant : « On les fera, assure Dick, j’ai eu des succès ici que les gens viennent entendre, succès qui ne sont pas les mêmes qu’en France, d’ailleurs, mais on les jouera à la façon qu’on aime, avec un groupe qui allie mon guitariste québécois Christian Turcotte et ses musiciens à elle. » Nanette renchérit : « On fait chacun notre show, j’ai un harmoniciste, il a des cuivres, mais avec le même son rock. Southern rock. L’intérêt, c’est que le public de chacun va entendre les chansons de l’autre avec ce son-là. Et comprendre où on est rendus. »

 

Une demi-douzaine de titres récents pour elle comme pour lui, plus l’enfilade des tubes. « C’est le bon équilibre, je crois », soupèse Dick. C’est d’autant justifié que pour une fois, on est synchro : le plus récent album de Dick Rivers est disponible chez nous. Il s’agit d’une version certes modifiée pour le Québec, qui s’intitule Fidèle au lieu de Mister D, avec un peu de matériel familier en boni (des extraits de spectacle), mais bon, à cette concession près (« ça fera un “ collector ” pour les Français », rigole Dick), les excellents morceaux d’Oli Le Baron, Fauque et D’Anvers auront leur digne tour de piste. Et la scène pour les relayer. « On essaie comme ça, on verra, relativise Dick. Je suis très conscient qu’un titre inconnu doit être très fort pour être accepté… »

 

Également, promettent-ils, le spectacle évoluera. Les premiers soirs, un seul duo est prévu, mais le plaisir dictera la suite. « On est libres, tranche Nanette. J’ai mon piano, rien ne m’arrête si j’ai envie de jouer sur une chanson de Dick. » L’homme dont l’un des albums mythiques a pour nom Mississippi Rivers (pochette dessinée par le Morris de Lucky Luke) est parfaitement d’accord. « Je trouve con d’avoir commencé par Montréal. Au début, on se cherche. Mais petit à petit, on va connaître mieux le spectacle de l’autre, et du coup, tout devient possible. » Faudra les voir à Granby, L’Assomption, Saint-Jean-sur-Richelieu. « C’est à ça que ça sert, une tournée ! » s’exclame Dick. Nanette sourit. « The road, that’s where it happens. » Surtout quand, où qu’on aille, on roule plein sud.