Mort d’un troubadour engagé

Pete Seeger, appuyé sur deux cannes, a apporté son soutien au mouvement « Occupy » à Manhattan en 2011.
Photo: Associated Press John Minchillo Pete Seeger, appuyé sur deux cannes, a apporté son soutien au mouvement « Occupy » à Manhattan en 2011.

Il considérait la musique comme un art, mais aussi comme un vecteur de tous les engagements. Pete Seeger, le doyen des chanteurs folk, aux côtés puis dans le sillage du grand Woody Guthrie, est mort à l’âge vénérable de 94ans, de vieillesse comme on dit. Il n’entonnera plus son incantatoire We Shall Overcome, en appelant la foule à tous les partages et en embrassant la cause des droits civiques.

 

Armé de son banjo et de sa guitare, il aura été un des chanteurs les plus engagés des États-Unis, issu d’une famille de chanteurs, par surcroît. Ses demi-frère et soeur Mike et Peggy furent également des folk singers de premier plan. Quant au père Charles Seeger, il était un musicologue et chanteur folk important, qui entraînait son fils dans ses tournées, afin de l’accompagner au ukulélé et au banjo. Même la servante de la famille, Elizabeth Cotten, aura été une musicienne hors pair à qui on doit le magnifique Freight Train, poussée par les Seeger à endisquer.

 

Avec un autre ethnomusicologue réputé, Alan Lomax, qui l’avait pris sous son aile, Pete Seeger battait la campagne et épluchait les archives pour trouver des chansons traditionnelles, qu’il adaptait en plus de composer lui-même. Mais c’est sa rencontre avec Woody Guthrie qui l’entraîna vraiment par monts et vaux, sautant d’un wagon à l’autre à travers une odyssée américaine qui ancra son répertoire dans la lutte sociale.

 

Pete Seeger, né et mort à New York, avait enregistré son premier album en 1940. Il cofonda The Almanac Singers en appuyant les luttes ouvrières, puis fonda en 1945 People’s Song Inc., dédié aussi aux chansons politiques. Avec son groupe The Weavers, dès le début des années 1950, il maria la musique populaire américaine à ses racines. Militant gauchiste jusqu’à la fin de sa vie, Pete Seeger avait été condamné à un an de prison sous le maccarthysme (sentence commuée et jamais exécutée) pour avoir adhéré au Parti communiste (de 1940 à 1956). Bob Dylan, qui écrivit dans le sillage de ses aînés plusieurs chansons engagées, lui doit presque autant qu’à Guthrie. Le superbe album de reprises que lui consacra Bruce Springsteen en 2006, We Shall Overcome, montrait à quel point sa musique n’avait pas pris de ride.

 

Seeger avait composé If I Had a Hammer, grand succès de son groupe The Weaversainsi que l’adaptation du Goodnight Irene du grand bluesman Leadbelly. Puis il se produisit seul ou avec des compagnons de passage. C’est lui qui cofonda le fameux Festival folk de Newport en 1959, propulsé par la renaissance de la folk music. Where Have All the Flowers Gone ?, son chant pacifiste à la mélodie merveilleuse — « Oh, when will they ever learn ? », scandait-il en refrain —, il le chanta au long de sa carrière, même nonagénaire, tant aux côtés de Peter, Paul and Mary, de Joan Baez que d’Arlo Guthrie, fils de Woody, ou même de son petit-fils Tao Rodríguez-Seeger, car bon sang ne saurait mentir. Son adaptation d’un texte de l’Ecclésiaste, Turn, Turn, Turn, fut un succès planétaire.

 

Pete Seeger chantait encore récemment avec le mouvement Occupy, appuyé sur deux cannes. Il tomba comme un chêne, avant de passer quelques jours à l’hôpital puis de s’effacer en laissant un immense vide.

Pete Seeger et Johnny Cash en 1970
 

Pete Seeger chante «If I Had a Hammer»
 

2 commentaires
  • Hélène Paulette - Abonnée 29 janvier 2014 09 h 08

    Un juste, un vrai!

    Il est probablement un des premiers à s'être intéressé à la ''musique du monde'' dont il s'est souvent inspiré (the lion sleeps tonight), et il a passé ses dernières années à partager les revenus de ses droits d'auteur avec des petites communautés dans des projets d'économie durable... Anecdote: ne s'étant jamais préoccupé de ses droits d'auteur, c'est le ''kingston Trio'' qui, reprenant une de ses chansons, l'ont convaincu de le faire. Trop tard pour ''The Lion Sleeps Tonight'' d'inspiration zoulou, la chanson peut-être la plus connue, car un autre musicien, ayant changé une phrase, l'a enregistrée avant lui. Dommage pour les Zoulous.

  • Normand Murray - Inscrit 29 janvier 2014 17 h 21

    Un grand Monsieur.

    Les Woody Guthrie,Pete Seeger, Peter Paul and Mary, Kingston trio et combien d'autres ont été des précuresseur de chansons pamphlétaires de notre culture Nord Américaine qui on inspiré d'autres tel Dylan, Cohen pour ne nommé que ceux ci.Merci de nous avoir laissez ce précieux héritage Monsieur Seeger. Voilà une autre preuve que la culture est une nécéssité à l'avancement d'une société.