Avant Kanye l’excentrique, Jay Z le classique

La démesure, l’excentricité et l’audace seront probablement présentes le 17 février au Centre Bell, alors que Kanye West viendra finalement présenter son dernier album aux Montréalais. Vendredi soir, dans le même aréna, c’est plutôt au classicisme et au tact de son ami et partenaire Jay Z — maintenant sans le trait d’union, il paraît — auxquels nous avons eu droit.

Devant une foule enthousiaste réchauffée par le DJ new-yorkais JUS KE, Jay Z est arrivé lentement, en marchant d’un pas leste sur une passerelle traversant la vaste installation scénique, en espèce d’armature métallique de cube Rubik formant quatre passerelles pour les différents musiciens du groupe de Monsieur Beyoncé.

Tout de noir vêtu, une grosse rose des vents en or au cou, «l’homme-entreprise» a surtout fait parler ses chansons, évitant les coups d’éclat ou les grands cris, mettant davantage de l’avant son rap précis. Efficace, certes, mais un peu linéaire. Jay Z a souvent été sauvé par ses hits, récents ou anciens, dont il a parsemé son concert. Le gars a beau se la couler un peu trop douce à notre goût, quand les haut-parleurs crachent 99 problems, Big Pimpin, Niggas In Paris, No Church In The Wild, Izzo ou Empire State Of Mind, les mains se lèvent instantanément.

Le rappeur — et aussi maintenant gérant de joueur de baseball — était accompagné d’un batteur, d’un guitariste-bassiste et d’un claviériste, sans oublier le célèbre producteur Timbaland, qui, à titre de DJ, a en quelque sorte mené un petit entracte à mi-parcours, pendant que la tête d’affiche s’était retirée pour une pause syndicale. Musicalement, donc, pas grand-chose à redire.

Au milieu de la grande installation de métal, somme toute sous-utilisée, Jay Z avait quand même l’air bien seul au micro, tandis que les échantillons se multipliaient pour remplir les lignes vocales des invités présents sur les disques et évidemment absents sur scène. Mais l’homme a du charisme, et du talent, et il en a fait la preuve en se lançant a capella à plusieurs reprises.

Pendant deux heures, et à travers près d’une trentaine de titres souvent abrégés, Jay Z a mené sa barque sans grands éclats, mais sans faux pas, avec la classe qu’on lui connaît.

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