Consécration pour Les Violons du Roy à Berlin

Bernard Labadie et la mezzo-soprano vedette Magdalena Kozena saluant la foule après le concert des Violons du Roy à la Philharmonie de Berlin, lundi.
Photo: Christophe Huss - Le Devoir Bernard Labadie et la mezzo-soprano vedette Magdalena Kozena saluant la foule après le concert des Violons du Roy à la Philharmonie de Berlin, lundi.

Berlin — Le rendez-vous berlinois, deuxième concert de la tournée européenne des Violons du Roy, s’est transformé en consécration pour Bernard Labadie et ses musiciens : à la Philharmonie, Simon Rattle, directeur musical du Philharmonique de Berlin, en personne, a ovationné l’orchestre de Québec et son chef.

 

« I loved it, I loved it ! » : Simon Rattle court à l’arrière-scène féliciter Pascale Giguère, la première violoniste et, par là même, représentante de tout l’orchestre, avant même de saluer sa propre épouse, Magdalena Kozena, soliste de la soirée !

 

L’enthousiasme n’est pas feint. Occupant la place 8 de la 4e rangée du bloc A, le chef du plus illustre orchestre du monde était à deux mètres, directement dans la mire du journaliste du Devoir qui a pu observer ses réactions pendant le concert. Après la 33e Symphonie de Mozart, un large sourire illuminait son visage. Après la Symphonie « La Reine » de Haydn, il fut carrément le premier à lancer un sonore « bravo ! ».

 

C’était la première présence des Violons du Roy à Berlin. Simon Rattle a confié au Devoir que c’était aussi la première fois qu’il entendait l’orchestre, qu’il ne connaissait que de — flatteuse — réputation. Il en a été visiblement estomaqué.

 

Ses impressions musicales plus précises, nous avons pu les entendre lorsqu’il alla couvrir d’éloges Bernard Labadie en coulisses. « Cela fait beaucoup de bien d’entendre un orchestre moderne jouer ainsi cette musique. Cela paraît que vous avez avec les musiciens une relation étroite, cultivée à long terme », lui a-t-il dit notamment.


Transcendance joyeuse

 

Il est vrai que, tout comme Alain Lefèvre jouant André Mathieu à Carnegie Hall le 10 décembre dernier, nos ambassadeurs musicaux n’ont pas manqué leur « finale olympique » : ils se sont présentés dans la petite salle, comble, de l’iconique Philharmonie de Berlin au sommet de leur art et des moyens façonnés en trente années de travail et de maturation.

 

Mozart, un maillon majeur de leur répertoire, et Haydn, leur compositeur fétiche, leur ont porté chance. C’est dans « La Reine », l’une des Symphonies parisiennes de Haydn, que les musiciens de Bernard Labadie ont fait la plus grosse impression, au point de déclencher quelques irrépressibles applaudissements après le Menuet. Non que les spectateurs berlinois ne sachent pas où applaudir, mais certains, dans une tradition encore largement en vogue il y a 75 ans, ont tenu à manifester enthousiasme et admiration devant la maîtrise de l’exécution et le brio des idées. En coulisses, Simon Rattle aussi semblait avoir été impressionné tout particulièrement par ce mouvement d’une symphonie qu’il connaît bien, d’un compositeur à propos duquel il déclarait au quotidien Die Zeit, en 2009, « Je suis dingue de lui » !

 

Depuis plusieurs années, Le Devoir souligne à quel point Les Violons du Roy sont des représentants de choix de l’excellence de la musique classique québécoise. Indépendamment de l’expérience auditive, un oeil attentif repère aisément le pourquoi des choses : les musiciens maîtrisent leur interprétation dans le plus infime détail. Sur scène, ils transcendent ce travail de préparation avec une ardeur joyeuse. C’est dans les regards complices et l’émulation collective que se crée l’expérience exaltante.

 

Il est logique que la mezzo-soprano vedette Magdalena Kozena en redemande. Cette tournée marque sa troisième collaboration avec Bernard Labadie et son orchestre, dont le travail si minutieux met en valeur sa propre propension à une dramaturgie passionnément exacerbée.

 

Seul bémol musical, le clarinettiste allemand Wolfgang Meyer, spécialiste reconnu du cor de basset, convoqué pour les airs de Mozart, a manqué deux entrées devant ses compatriotes. Ce n’était ni le jour ni le lieu. Il se reprendra sans doute à Bruxelles et Paris… Et Le Devoir sera là pour vous en rendre compte.

 

Pour l’heure encore, c’est un grand nom de soliste, qui attire les foules au concert à l’étranger. Lors de leur prochaine tournée européenne, Les Violons du Roy auront aussi leur propre public.

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