Rester sur sa « fin »

Il y a deux ans, lors de leur première rencontre, Fred Pellerin, Kent Nagano et l’Orchestre symphonique de Montréal avaient fait rêver les spectateurs avec le conte symphonique La tuque en mousse de nombril. Leur opus du millésime 2013, Le bossu symphonique, prenait l’affiche lundi soir à la Maison symphonique pour quatre représentations, jusqu’à jeudi. Ceux qui n’auront pu avoir de billets pourront voir le spectacle à la télévision de Radio-Canada le 22 décembre à 20 h et sur ARTV les 23 et 24 décembre. Le bossu symphonique sera aussi diffusé sur Espace musique les 23 et 25 décembre en soirée.
Photo: Pierre-Étienne Bergeron Il y a deux ans, lors de leur première rencontre, Fred Pellerin, Kent Nagano et l’Orchestre symphonique de Montréal avaient fait rêver les spectateurs avec le conte symphonique La tuque en mousse de nombril. Leur opus du millésime 2013, Le bossu symphonique, prenait l’affiche lundi soir à la Maison symphonique pour quatre représentations, jusqu’à jeudi. Ceux qui n’auront pu avoir de billets pourront voir le spectacle à la télévision de Radio-Canada le 22 décembre à 20 h et sur ARTV les 23 et 24 décembre. Le bossu symphonique sera aussi diffusé sur Espace musique les 23 et 25 décembre en soirée.

La tuque en mousse de nombril, en 2011, avait ouvert la porte de l’univers onirique du conteur de Saint-Elie-de-Caxton et laissait entrevoir de nouvelles déclinaisons du concept et des miracles futurs. Et c’est parce qu’on les imaginait si bien que Le Bossu symphonique nous laisse un peu sur notre faim, pour des raisons que l’on imagine extérieures à Fred Pellerin et à Kent Nagano.

 

Il était en effet impossible de ne pas se demander si l’on assistait, hier, à un spectacle de l’OSM filmé par la télévision ou à un spectacle formaté pour la télévision de Radio-Canada et donné par l’OSM. Ce n’est pas du tout la même chose et les spectateurs ne sont pas venus jouer les figurants d’un tournage ; ils ont payé l’OSM pour assister à une soirée de conte musical.

 

L’histoire est celle de Babine, bossu musicien et souffre-douleur des habitants du village. Le monde magique de Pellerin comprend des histoires de lune tombée dans un lac, de calendriers de l’avent abandonnés au profit de calendriers du pendant et des lutins qu’ils convient de ne pas frapper. La musique est bien choisie, même si Nagano aurait pu opter pour une orchestration plus inventive de La Cathédrale engloutie que celle, laborieuse, de Busser.

 

Quelque chose ne marche pas pourtant : le rapport au temps du fabuleux conteur Fred Pellerin n’est pas le même dans les deux premiers tiers du Bossu symphonique et dans la dernière partie (transformation du forgeron), qui finit en queue de poisson, comme s’il fallait ficeler la chose et achever à tout prix. Le spectacle semble trop court d’un quart d’heure. Que sera-t-il lorsque Pellerin et Nagano seront débarrassés de ces caméras qui les cadrent et encadrent ?

 

Pour ce qui est du spectacle, René Richard Cyr a reproduit les recettes gagnantes : la boule centrale, sorte de lune géante qui reçoit des projections, un éclairage très nourri de la salle. Par contre le son, arrangé en studio confiné, déçoit. Avec des rideaux tirés, il s’étouffe et cartonne et les couleurs des altos et violoncelles sont bien déformées.

 

Le Bossu symphonique peut être un spectacle de transition, avec ses erreurs et ses promesses. Il faut que la télévision réalise une émission à partir d’un spectacle vivant, et non que Pellerin et Nagano fassent un spectacle en fonction de la télévision. C’est possible : Radio Canada a bien charcuté le Messie de Haendel ; ils peuvent aussi couper Fred Pellerin au montage ! Ensuite, l’OSM et son chef peuvent être des partenaires plus réactifs du conteur : l’idée de l’ouverture de Guillaume Tell intégrée au récit puis jouée à l’envers a fonctionné à plein. Julien Bilodeau est le créateur parfait pour cela.

 

On rêve donc déjà à la prochaine fois…