Y’a de la joie

Albert Tootie Heath fait le nœud papillon d’Ethan Iverson.
Photo: John Rogers Sunnyside Communications Albert Tootie Heath fait le nœud papillon d’Ethan Iverson.

Battez tambours ! Sonnez trompettes ! Comme le chuchoterait le Charles « Trait-nez », le Narbonnais poil au nez, « Y’a de la joie », m’ossieu-dame. « Deux-queue-sait ? » C’est joyeux et soyeux de bout en bout, le nouvel album du batteur Albert Tootie Heath avec Ethan Iverson au piano et Ben Street à la contrebasse. Le titre ? Tootie’s Tempo, paru sur étiquette Sunnyside.

 

Quand on dit que c’est joyeux, sachez que l’on ne vient pas de formuler une opinion, mais bien un constat. Oui ! Ça l’est tellement que cela s’entend, évidemment, mais ça se sent également. Et ce, dès la première note du premier morceau.

 

Oui ! À peine Heath roule le rythme de The Charleston, morceau écrit par le maître pianiste du boogie Pete Johnson dans les années 30, que la joie s’installe. À l’exception de Danube Incident, seule pièce ennuyeuse, toutes les compositions oscillent entre le joyeux et le soyeux.

 

Il en est ainsi parce que chaque membre du trio est en fait un mousquetaire du jazz. Un passionné du jazz et donc enclin à le transmettre avec enthousiasme. À cet égard, le choix des morceaux est éloquent. Le classique et ancien Stompin’at the Savoy d’Edgar Sampson précède le moelleux The Intimacy of the Blues de Billy Strayhorn, l’enlevé Fire Waltz de Mal Waldron, Charade de Henry Mancini ou encore How Insensitive de Carlos Jobim et autres perles du répertoire.

 

Toujours est-il que leur choix, leur programme, révèle combien leur connaissance du jazz loge à l’enseigne de l’aubergiste Diderot. Mais encore ? Ils sont encyclopédistes. Faut dire, pour dire mal les choses, que Heath est encyclopédiste parce qu’en fait il fait partie de l’encyclopédie.

 

Oui, oui, oui… Tootie a commencé son séjour sur la planète jazz au milieu des années 40 dans sa ville natale Philadelphie. Il est le frère du saxophoniste et grand compositeur Jimmy et du grand et regretté contrebassiste Percy. Il a accompagné Lester Young, Billie Holiday, Ben Webster, Coleman Hawkins, Dexter Gordon, Duke Jordan, John Coltrane...

 

Bon. On est très, très, très content pour Albert Tootie Heath parce que le bien nommé Tootie’s Tempo est un album remarquable, pour ne pas dire un chef-d’oeuvre.

 

P.-S. « financiaro-ras des pâquerettes » : on a commandé cet album chez Archambault car à l’époque il n’était pas encore inscrit au catalogue de HMV. Le prix ? 22 $. Bon. Aujourd’hui, HMV le propose à 20 $.

 

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Battez tambours ! Sonnez trompettes ! Encore ? Oui, mille fois oui, car le 15 décembre, à la Sala Rossa, le meilleur groupe de blues, ou plus exactement le plus subtil qui soit, se produira à compter de 20 h. De qui s’agit-il ? Du Stephen Barry Band, évidemment. Quelle question ! Le coût : petit, donc 20 $.

 

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Snif, snif, snif. L’immense guitariste Jim Hall est mort. Il avait 84 ans. De lui on retient un sens de la nuance qui fait défaut à John Scofield, à Pat Metheny et à d’autres compulsifs des six-cordes. On retient surtout les splendides exercices de style effectués en compagnie du saxophoniste Paul Desmond.




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