Le retour musical d'André Mathieu au Carnegie Hall

Alain Lefèvre
Photo: Jacques Grenier - Archives Le Devoir Alain Lefèvre
Ce mardi soir, au Carnegie Hall de New York, Alain Lefèvre fera résonner la musique d’André Mathieu. Un retour émouvant au bercail musical pour la musique du jeune pianiste et compositeur qui s’y produisit, il y a 70 ans.

André Mathieu, né en 1929, vécut avec ses parents à New York de 1940 à 1943. Il présenta son 2e Concertino au concours des jeunes compositeurs du New York Philharmonic Orchestra, compétition qu’il remporta. Il joua ainsi le concertino à Carnegie Hall, le 21 février 1942, lors d’un concert pour les jeunes, dont, pour la petite histoire, le programme comportait aussi l’Allegretto giocoso d’un de mes homonymes, Henry Holden Huss (1862-1953).

Mathieu y rejouera son concertino en 1943 et ne se reproduira plus jamais dans la salle mythique. C’est donc la première fois aussi que New York entendra l’œuvre connue sous le titre de 4e Concerto d’André Mathieu. Et pour cause : il s’agit d’une reconstruction brillante du compositeur Gilles Bellemare, réalisée il y a quelques années.

Car si le travail d’interprète d’Alain Lefèvre est bien connu, celui, en coulisses, de fédérateur d’énergies pour consolider, voire imaginer et reconstituer à partir de fragments épars, le legs d’André Mathieu est aussi discret qu’impressionnant. Lorsqu’il s’agissait de se battre pour trouver les fonds pour « créer » la partition d’un 4e Concerto, Lefèvre était bien isolé. Lorsqu’en entrevue au Devoir il réitère qu’il ne jouera plus Mathieu au Québec, on comprend bien que c’est parce qu’il a l’impression de ne pas avoir été payé de retour. Cette amertume ne teinte pas sa vocation de missionnaire de l’œuvre du Mozart canadien : « J’ai joué Mathieu dans 40 pays, dont une dizaine pour les concertos. En ce qui concerne le Québec, j’ai moins envie, mais si New York aime le concerto, je le jouerai aux États-Unis. »

Alain Lefèvre se réjouit : « Le buzz est bon à New York et le concert a le soutien de la grande station de radio classique de la ville, WQXR. » Cette aide n’est pas de trop, puisque le rendez-vous de ce mardi n’est pas né d’un engouement spontané du Carnegie Hall pour la musique de Mathieu.

La salle mythique a en effet été louée pour l’occasion par Bergmann Artists Management, compagnie lancée en 2013 par Phillip J. Bergmann, l’agent d’Alain Lefèvre. Quant à l’Orchestra of St. Luke’s, le concert ne fait pas partie de sa série de concerts à Carnegie Hall. Il appert que Bergmann Artists Management a loué ses services.

N’empêche qu’à la question posée par Alain Lefèvre au micro de Radio-Canada, lundi matin, soit « comment il se fait que, dans la plus grande salle de concert du monde, Mathieu est célébré […] alors que nous ne l’avons pas fait », il est évident que M. Bergmann a des réponses.

Le Devoir aurait aimé interroger M. Bergmann, dont l’agence ne dispose pas encore d’un site Internet et ne figure pas au répertoire de l’International Artist Managers’Association, sur la logistique et le montage économique du projet. Ce dernier ne nous a toutefois pas rappelé hier.

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