Musique - Lindi Ortega, cowgirl philosophe

« Je célèbre les mal-aimés, c’est ma mission… », estime la musicienne Lindi Orgega.
Photo: Julie Moe « Je célèbre les mal-aimés, c’est ma mission… », estime la musicienne Lindi Orgega.

Tin Star. C’est la chanson-titre du sixième album de Lindi Ortega. Je ne compte pas les minialbums. Ça commence ainsi : « Well you don’t know me, I’m a nobody / I sing on the Strip / For a few pennies […] » Et puis arrive le refrain, la voix déboulonne le lampadaire, l’âme grésille, la lumière s’éteint. « Like an old tin star I’m beat up and rusty / Lost in the shining stars of Nashville, Tennessee. » Un refrain suffit : on est épris. La chanson a fait son chemin, de fan en critique, jusque dans le Boston Globe et l’Entertainment Weekly. Rien qu’au bouche-à-oreille, il y aura du monde ce vendredi au Quai des brumes pour voir Lindi Ortega jouer au lasso avec ses entrailles. « Mais on va s’amuser ! Je me lâche, c’est mon exutoire… »

 

Faut pas croire, parce qu’elle a ramé, galéré plus de dix ans sur la scène country-rockabilly de Toronto avant d’aller ramer et galérer à Nashville ; parce qu’elle aime un peu trop gratter les plaies vives des chanteuses désabusées et des amoureuses délaissées (ouf ! l’aveu d’amour sans possible retour dans Something About You, ça vous serre la jugulaire), que la Canado-Mexicaine traîne son malheur comme une consolation qui rime : « Oui, c’est un peu ma vie, mais c’est beaucoup ce que j’observe. Je pense que j’ai l’empathie exacerbée. Le désespoir, la solitude des gens autour de moi, je l’absorbe, je m’en nourris. » Lindi va loin : dans Lived and Died Alone, elle déterre les squelettes des esseulés pour qu’ils lui tiennent compagnie… Gothique, la cowgirl ! « Ce n’est pas macabre, pour moi. Ces ossements sont la dernière preuve d’existence de gens qui ont aimé, ressenti, vécu leur solitude jusqu’au bout : ça me touche ! » Grand rire de gamine au bout du fil. « Je célèbre les mal-aimés, c’est ma mission… »

 

Et Lindi Ortega, ex-étudiante en philo, de prendre à partie Heidegger et Nietszche. « Tous ces philosophes parlent de la nécessité d’affronter la mort, la douleur, ils m’inspirent autant que Hank Williams et sa chanson I’m So Lonesome I Could Cry : mais Hank se chante mieux ! » Tu l’as dit, Lindi.

 

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