Michel Faubert et la mémoire des vieux

Avec Mémoire maudite, Michel Faubert signe son premier disque complètement folk acoustique.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Avec Mémoire maudite, Michel Faubert signe son premier disque complètement folk acoustique.

Michel Faubert accouche d’un doublé. En lançant d’abord son tout petit livre Trad. Petit lexique bête et méchant à l’usage des néophytes, par lequel il pose, à l’aide de 101 définitions, un regard narquois sur le monde du trad, puis, Mémoire maudite, un nouveau disque magique en trio avec les guitaristes Dominique Lanoie et André Marchand. Un point commun entre les deux projets : la célébration de la mémoire des vieux.

 

« Les vieux sont morts, il n’y a que des jeunes qui prennent de l’âge, et cette disparition change la donne au niveau du mentorat, de l’apprentissage en personne comme on le fait dans la musique indienne », constate Faubert. Risquons une hypothèse pour établir un lien entre les 101 définitions de son livre : le traditionnel est devenu trad et la transmission des savoirs régresse. « Tu as raison, mais en même temps, je pense qu’il y a tout un phénomène de société qui fait que le lien entre les générations change, la manière de faire de la musique change, la transmission change et le collectage a à peu près disparu. Ce que le trad est devenu est une conséquence de cela, et pas nécessairement une cause. »

 

Dans son nouveau livre, Faubert suggère cela avec de nombreux clins d’oeil, mais la réflexion appelle à une sorte de cri d’alarme. « Le trad est en train de devenir une marque de commerce. On perd ce désir d’apprendre en se disant que c’est quelque chose de particulier dans la fibre et dans l’accent », rajoute-t-il.

 

Avec Mémoire maudite, il signe son premier disque folk complètement acoustique et plonge dans les ballades et complaintes traditionnelles que lui ont léguées ses vieux : Anne-Marie Savard, Alphonse Morneau, Rose d’Amour et tous ces autres qui lui ont permis de révéler une facette cachée du Québec, celle de la Mémoire maudite, ses textes de vie, de mort et de vengeance, le plus souvent sombres, lugubres, surréels. Mais curieusement, ce n’est pas le plus important ici : « C’est d’abord et avant tout un gros travail d’atmosphère et ce qu’on veut le plus, c’est de permettre d’écouter ça d’une manière planante. » C’est ledisque d’un superbe trio avec André Marchand le mélodiste délicat et Dominique Lanoie à la vision angulaire et surprenante.


Trois autres trésors de musique trad

Avec tambour et trompette
Le rêve du diable
Indépendant/Outside

Célébrons, puisqu’il s’agit du premier album en 11 ans du groupe qui a tout relancé, avant même la Bottine. Ici, Gervais Lessard revient avec sa voix à l’ancienne, son gros accent, son charisme, son vieux complice « Le Clin » et leurs invités pour des reels pas polis et de la satire, mais aussi de la chanson sociale et beaucoup de tendresse. Le rêve du diable est un lien essentiel entre le traditionnel et la québécitude contemporaine, urbaine ou pas.

Le Parnasse des cœurs d’amour épris
Serre l’écoute
Indépendant/lietteremon.com

À l’instar des Charbonniers et de Galand, Serre l’écoute donne surtout dans la musique a cappella, et pour ce quatrième disque, le répertoire porte sur toutes les déclinaisons de l’amour en Acadie, au Québec, en Louisiane et en Bretagne. Deux femmes et un homme demeurent très proches du style des chanteurs de traditions orales avec plusieurs unissons à deux ou trois étages, mais aussi de superbes harmonies vocales.

Chasse-Galerie
Maz
Indépendant/Select

Chez Maz, chaque pièce comporte quelques éléments du trad comme des pieds percussifs, un violon ou un banjo qui reel, une valse lente, des bouts de turlutte… Mais, il y a aussi ce mélange qui va encore plus loin que dans le premier disque : avec des harmonies jazz, des impros, de l’urbain, des ambiances d’étrangeté, des effets planants, de la guitare électrique et du piano Rhodes. En ressort : un brillant hybride et une trace pour l’avenir !




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