Mots d’ici, sensibilités de partout

Des mots sur mesure regroupera des artistes ayant un grand sens de la mélodie. Le résultat risque d’être empreint de lyrisme et de tendresse.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Des mots sur mesure regroupera des artistes ayant un grand sens de la mélodie. Le résultat risque d’être empreint de lyrisme et de tendresse.

C’est presque la planète entière qui se révèle à travers six artistes et une douzaine de textes québécois, alors que Liette Gauthier invite pour une quatrième année consécutive des créateurs immigrants à recréer en français de grandes chansons d’ici. Ainsi, Henri Oppenheim et Magillah, Michelle Heisler, Azam Ali et Loga Ramin Torkian, Willy Rios, Sabah Lachgar, Laëtitia Zonzambe et Marinda y Solari chanteront en français des mots de Félix, de Dubois, de Roland Giguère, de Daniel Lavoie, de Cyril Lepage, d’Ariane Moffatt, de Francine Raymond et de Gilles Valiquette. Un mariage culturel qui sera célébré par Monique Giroux à la maison de la culture Ahuntsic-Cartierville, ce samedi à 20 h.

 

« Il y a beaucoup de dentelle et de délicatesse cette année », affirme Liette Gauthier, conceptrice de l’événement et « grande manitoute » de la maison de la culture. « Ce sont tous des artistes qui ont un grand sens de la mélodie et de l’atmosphère. Ils ont beaucoup de lyrisme et c’est tout en tendresse. » Chacun d’eux offrira deux pièces : une avec paroles et musique reprises intégralement, mais réarrangée ; une autre avec une musique originale écrite à partir du texte. Les créateurs ne doivent pas connaître la pièce au préalable et la majorité d’entre eux n’ont jamais chanté en français en public.

 

Comment réagissent-ils à la proposition ? « En général, ceux que j’approche sont des gens que j’ai vus lors de la dernière année, répond Liette Gauthier. Sur le coup, ça va et ils s’abandonnent, mais une heure avant le spectacle, ils ressortent leurs feuilles et s’inquiètent, pensant qu’ils ne prononcent pas bien. Mais le fait d’avoir un accent différent rend l’oeuvre encore plus touchante et déstabilisante. »

 

Le choix des textes s’avère essentiel dans le processus : « J’y vais d’abord avec la rythmique des mots et non avec le sens, poursuit l’agente culturelle. Lire un texte sans la mélodie et prendre juste la rythmique, ça accroche naturellement à des genres musicaux. » Mais, à cause du sens des mots ou même d’un titre, il faut aussi y aller avec délicatesse : « Je pensais qu’Henri Oppenheim pourrait reprendre 100 000 façons de tuer un homme de Félix, mais il me dit : “100 000 façons de tuer un homme ? Pour la communauté juive ? Je n’en suis pas sûr.” Alors, on est passé à autre chose. »

 

Henri agira à titre de directeur musical de la soirée. Avec son groupe Magillah et la chanteuse comédienne Michelle Heisler, il pénètre bellement l’âme juive avec un klezmer aux arrangements plutôt sales et de la chanson yiddish très sentie. Pour la soirée, Magillah et le percussionniste Daniel Bellegarde officieront en tant que groupe maison. Parfois, ils accompagneront les autres en formation complète, mais dans plusieurs cas, seule une percussion ou une contrebasse s’ajoutera à des musiques très fines.

 

Comme celles du couple Azam Ali et Loga Ramin Torkian. Après s’être fait connaître avec les groupes Vas et Niyaz sur la scène internationale, ils se sont implantés à Montréal en 2009 et ont fait paraître cette année Lamentations of Swans – A Journey Towards Silence, superbe hommage à l’hiver montréalais, en esprit persan, en voix céleste, en climats de recueillement, en cordes anciennes, mais aussi parfois en frappes violentes.

 

Il y a aussi Sabah Lachgar, chanteuse de Cafe Cantante, qui lorgne vers les musiques berbères, sahraouies et arabo-andalouses. Elle a déjà interprété La Bolduc avec Yves Lambert et Hassan El Hadi. De son côté, Willy Rios, compositeur muti-instrumentiste et excellent joueur de charango, chantera pour la première fois en français, alors que Laëtitia Zonzambé apportera cette manière si singulière d’allier plusieurs musiques roots, urbaines, africaines et nord-américaines. Restent Marinda y Solari : deux voix, une guitare, les harmonies de la bossa et du jazz ou subtilement au-delà. Tout cela est de bon augure.

 


Collaborateur

À voir en vidéo