Concerts classiques - Un jeune homme peu ordinaire

Ce récital peu couru du Festival Bach, organisé avec Steinway et le Concours Reine-Elisabeth, présentait le jeune français Rémi Geniet, second de la dernière compétition bruxelloise. Certains accessits valent mieux que des victoires : Ingolf Wunder, second du dernier Concours Chopin, éclipse la lauréate dont on a déjà oublié le nom. C’est aussi le cas de ce jeune homme peu ordinaire. Élève de Brigitte Engerer, Remi Geniet est de la trempe des grands représentants du piano français de la génération précédente : les Bavouzet, Le Sage ou Tharaud.

Arrivant d’un pas lourd sur scène, Geniet semble dans sa bulle. Chose très particulière, le public le rejoint dans sa concentration, car Geniet parvient à imposer un long silence et un « état de réception » avant de commencer. Sur le plan musical, j’ai du mal à me souvenir de pianistes de 21 ans jouant Schumann avec un aussi parfait instinct — Pogorelich sans doute, dans les Variations symphoniques en 1981 et, en 1998, un Tchèque, Adam Skoumal, dont on a, hélas, peu entendu reparler.

Le Schumann de Geniet est fulgurant et d’une intelligence rare. Le tempo du 3e épisode – très agité — de Kreisleriana est dicté par le « plus vite » finale que Geniet porte à la frontière de l’humainement possible. Avec lui, les rallentandos se font là où ils sont écrits, pas trois mesures avant, et les enchaînements sont lumineux (Épisode 6).

Bach, sans reprises, et Beethoven, avec, sont pareillement intègres et justes dans leurs pulsations. Ainsi, malgré le mode mineur l’Allegretto de l’Opus 14 n° 1 trouve sa vraie respiration.

Mine de rien, le grand récital du Festival Bach 2013 n’a pas été donné par Alexandre Tharaud, mais par ce talent presque intimidant et inattendu, qui a joué en bis Liebesleid de Kreisler transcrit par Rachmaninov.

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