Concerts classiques - Toucher le bonheur

Après treize ans passés sans se retrouver ensemble sur scène, Marie-Nicole Lemieux devait rencontrer deux fois Yannick Nézet-Séguin en quarante-huit heures. Une fois en tant que chef, vendredi. Une fois en tant que pianiste, dimanche, pour l’affiche royale d’un gala au bénéfice de la Fondation de la Chapelle historique du Bon-Pasteur. Mais Yannick Nézet-Séguin, surmené, s’est désisté pour ce dernier. Olivier Godin, un vrai pianiste accompagnateur au plus noble sens du terme, l’a remplacé avec un tact et un professionnalisme exemplaires.

 

Le concert de dimanche, en tous points exceptionnel, donnait cette impression rare de pouvoir toucher le bonheur. Deux voix majeures, deux voix idéalement assorties à portée de main, dans une salle de dimensions restreintes : l’exercice ne pardonne pas, tant tout est proche et tangible, mais avec deux chanteuses comme Karina Gauvin et Marie-Nicole Lemieux, le plaisir se démultiplie en une communion totale, avec un duo de Hänsel und Gretel stellaire et jusqu’au duo de Lakmé. Individuellement, Karina Gauvin a prouvé qu’elle a bien désormais l’étoffe de la Comtesse des Noces de Figaro et Marie-Nicole Lemieux s’est trouvé un cycle qui devrait lui valoir une nouvelle gloire internationale : Les Nuits d’été de Berlioz.

 

Ces deux expériences musicales ont donc donné de Marie-Nicole Lemieux une image très contrastée. Vendredi, on l’avait vue presque empêtrée, marchant sur des oeufs dans les Kindertotenlieder de Mahler, et pas seulement dans la fin ratée de Wenn dein Mütterlein. Accompagnement honorable, mais avec quelques manques dans l’imaginaire sonore, par exemple la tiédeur du célesta à la fin du dernier Lied.

 

Tout changeait dans les Wesendonck-Lieder, vraiment assimilés et interprétés, avec un long souffle, de la poésie et une symbiose chant-orchestre autrement plus étroite. Yannick Nézet-Séguin a poursuivi ensuite ce rêve wagnérien avec une lecture de braise de la mort d’Isolde. Il avait aussi parfaitement commencé le concert, avec un Britten attaqué sur les chapeaux de roues, parfaitement ciselé et structuré, notamment dans une fugue ravageuse.

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