Half Moon Run en lune de miel

Le groupe montréalais Half Moon Run se paie une tournée européenne en autobus de luxe, signe d’un engouement outre-atlantique dont il osait à peine rêver.
Photo: Valeria Cherchi Le groupe montréalais Half Moon Run se paie une tournée européenne en autobus de luxe, signe d’un engouement outre-atlantique dont il osait à peine rêver.

Poussé par son hypnotique pièce folk-rock Full Circle et aidé par de gros noms de la musique pop tels que Mumford Sons, le groupe montréalais Half Moon Run reviendra ces jours-ci en sol québécois après des mois de tournée en Europe, où les choses se sont déroulées à merveille. Tellement que les quatre musiciens ont passé les dernières semaines non pas en bonne vieille camionnette, mais bien en autobus de tournée !

« On était à l’hôtel à Copenhague quand on a vu l’autobus arriver pour la première fois, raconte le batteur Dylan Phillips, joint par téléphone il y a quelques jours à Toulouse. Je dois avouer qu’on a tous crié ! »

Sans se prendre la tête avec ce symbole du succès, le groupe s’en accommode assez bien. « C’est assez luxueux. Tu te sens un peu mal quand t’es dedans. Ça peut être un peu ridicule de faire la tournée dans un si grand confort, mais ç’a un impact direct sur les concerts, et en bien. On peut dormir au lieu de conduire 12 heures pour se rendre d’une ville à l’autre ! »

 

Engouement sérieux

Les médias s’emballent souvent pour peu quand les groupes d’ici posent les pieds en Europe. Mais dans le cas d’Half Moon Run, c’est du sérieux. Leur mélange de classic rock — on les entend régulièrement à CHOM, à Montréal — et de musique arpégée claire-obscure aux fortes influences de Radiohead plaît aux Européens, à la surprise même du groupe.

« Je ne l’aurais pas cru avant d’y aller, mais c’est fou comme les choses ont bien pris en Europe, dit Dylan, qui multipliera les adjectifs d’incrédulité au cours de l’entretien. On a eu un appui surprenant des radios, comme la BBC, et on a joué dans des festivals incroyables cet été. C’est assez bien de voir que les choses progressent ici, que l’effort qu’on y met rapporte quelque chose. Mais je ne m’habitue pas, ça reste encore très excitant ! »

En décembre dernier, Half Moon Run signait avec l’étiquette Glassnote, qui a fait paraître son unique disque, Dark Eyes,dans le monde, un bon coup de pouce pour le groupe maintenant formé de Dylan Phillips, de Devon Portielje, de Conner Molander et d’Isaac Symonds. « À Amsterdam, on a joué dans une salle de 14 000 personnes qui était pleine à craquer ; il y avait une file autour du bloc, se souvient Dylan. La fois précédente, à Amsterdam, on avait joué devant 300 personnes… »

La signature sur Glassnote a aussi permis à Half Moon Run de faire la première partie de Mumford Sons, sur le même label. L’apport n’est pas négligeable, mais Dylan Phillips met quand même un petit bémol sur l’impact des premières parties. « Quand on accompagnait de gros noms, on s’est fait des tournées parallèles où on avait des concerts dans la même ville comme tête d’affiche, souvent le jour d’après. Et c’est arrivé qu’après avoir ouvert pour Mumford Sons, notre show du lendemain se remplisse instantanément. C’est une grosse aide d’avoir cette visibilité. Mais aux États-Unis, par contre, on a fait plusieurs tournées où on ouvrait pour de gros noms, comme Metric ou Of Monsters and Man, et on sent encore que, quand on revient, c’est dur. »

Revenir chez soi

La tournée n’est pas encore terminée pour Half Moon Run, mais le groupe donnera quatre concerts au Québec cette semaine. Il sera à Chicoutimi mercredi, à Québec jeudi, avant de faire deux fois le Métropolis à Montréal — tous les billets y sont déjà vendus depuis un certain temps.

« C’est dur d’être loin de la maison tout le temps, confie Dylan. Je suis né et j’ai grandi à Vancouver, mais Montréal est ma maison maintenant. Ma copine et mes amis vivent à Montréal. Et aussi nos meilleurs spectacles et nos fans les plus convaincus sont à Montréal et au Québec. On essaie de faire des concerts à Montréal les points de référence pour déterminer les standards de ce que la tournée sera après. »

Half Moon Run, gagnant au dernier gala de l’ADISQ du Félix de l’album ou spectacle de l’année – interprétation autres langues, dit avoir une nouvelle chanson en poche, qu’il a testée plusieurs fois en concert déjà. Et éventuellement il aimerait donner suite à Dark Eyes en 2014. Mais pour l’heure, les quatre musiciens profitent de tout ce qui leur arrive, touchant du bois, constatant le chemin parcouru.

« Notre premier show était au Barfly, devant quinze amis, et la console ne marchait pas, raconte Dylan en rigolant. On n’avait pas l’argent pour un taxi et on devait apporter notre équipement à la salle. On a trouvé une vieille planche de bois, on a acheté des roues et on a construit un kartpour transporter notre équipement à travers la ville. À la fin, le kart s’effondrait en morceaux ; une expérience mémorable… Tu sais, je me souviens que l’un de nos rêves était de jouer à la Sala Rossa. Et puis, on a fait le lancement là, c’était rempli. Le show suivant était au National, et encore là, c’était fou. Maintenant, on joue au Métropolis, et deux soirs en plus. C’est… mindblowing. »