Dead Obies: l'urgence d'exister

Montréal $ud a été pensé en trois blocs. Grosso modo, Dead Obies quitte sa banlieue sud oppressante pour arriver sur l’île, avant d’en profiter à plein puis de se rebeller.
Photo: Martin C. Pariseau Montréal $ud a été pensé en trois blocs. Grosso modo, Dead Obies quitte sa banlieue sud oppressante pour arriver sur l’île, avant d’en profiter à plein puis de se rebeller.
Il y a foule au Quai des brumes, et l’énergie fébrile du 5 à 7 va à merveille au groupe rap Dead Obies, qui raconte depuis près de 40 minutes ce qui se trame derrière son massif premier disque, intitulé Montréal $ud. Peaufinant son univers sonore depuis quelques mois, le groupe, qui s’est récemment taillé une place en finale des Francouvertes, vient de livrer un album rempli d’urgence, musicalement très actuel. Dead Obies sera aussi sur la scène du Cabaret du Mile-End mercredi, dans le cadre du Coup de cœur francophone.

Ils disent faire du post-rap, une musique assez mordante, à tendance électro. Les cinq rappeurs de Dead Obies et le DJ VNCE s’amusent à détourner les conventions du genre musical, tout en mélangeant les deux langues officielles du pays, et plus encore si affinités. Devant nous se trouvent trois des MC du groupe, le bavard Yes McCan, Snail Kid et RCA. Dead Obies est complété par O.G. Bear et 20some.

« On voulait jouer avec les structures, se réapproprier les conventions, explique le barbu Yes McCan. Tsé, dans La société des poètes disparus, quand Robin William monte sur le bureau et dit : “Chaque jour, regarde le monde comme s’il était nouveau” ? Je pense qu’en art, il faut que tu fasses ça. » Concrètement, les cinq rappeurs dans la vingtaine se partagent le micro à parts inégales, évitant de tout diviser en 16 portées, méthode classique du rap. « On est au service de la musique avant d’être au service de la performance du MC, explique Snail Kid. Des fois, il faut qu’on mette une croix sur notre ego de rappeur. »

Une année à raconter

Montréal $ud, qui dure près de 1 h 20 répartie en 17 titres, a été pensé en trois blocs. Grosso modo, Dead Obies quitte sa banlieue sud oppressante pour arriver sur l’île, avant d’en profiter à plein puis de se rebeller. Une trame pleine de clins d’œil — à Félix, même à Jacques Ferron — qui se lit sur plusieurs niveaux tout en n’étant pas essentielle à notre plaisir d’auditeur.

« Il y avait urgence à parler de cette année qu’on vient de vivre, y a eu les manifestations, la crise identitaire de la charte, des symboles religieux, dit McCan. L’album peut se lire autant de notre point de vue d’artiste, qui struggle, qui trouve sa voix, qui tue ses idéaux pour mieux reconstruire, autant qu’on peut voir ça en tant que société québécoise, où il faut peut-être détruire un peu de ce qu’on a bâti pour mieux reconstruire à neuf. Pour moi, c’est une époque très dark au Québec, et j’ai l’impression qu’on a été 100 % authentiques avec notre génération. Le monde qu’on connaît, on l’a mis dans notre disque. »

Dead Obies est fougueux en entrevue comme il est sur les planches. En concert, on les a vus intenses, sautillants, stimulants. Quand RCA explique que quatre des membres ont déjà fait de l’improvisation, on comprend leur aisance, surtout après un an et demi de pratique sur différentes scènes. « Au début, on avait un consensus sur le fait que les shows de rap, c’est plate, explique RCA. On veut apporter une autre dimension, sans passer nos répétitions à faire des chorégraphies. Souvent, on improvise, ou on fait tous un move parce qu’on anticipe un son de la pièce. La scène, c’est pas mal plus que de juste faire nos morceaux. »