Un excellent Falstaff

Le Falstaff de l’Opéra de Montréal offre des moments de pur bonheur théâtral, dont celui de la première rencontre - au lit - entre Quickly (Marie-Nicole Lemieux) et Falstaff (Oleg Bryjak).
Photo: Yves Renaud Le Falstaff de l’Opéra de Montréal offre des moments de pur bonheur théâtral, dont celui de la première rencontre - au lit - entre Quickly (Marie-Nicole Lemieux) et Falstaff (Oleg Bryjak).

Que cela fait plaisir de pouvoir émettre une inconditionnelle recommandation « allez-y ! » à l’égard d’un spectacle de l’Opéra de Montréal… Ce Falstaff est, comme le furent Madame Butterfly, Cendrillon, la première Lakmé (en 2007), le diptyque Paillasse/Gianni Schicchi ou Dead Man Walking, un spectacle qui marche de la première à la dernière seconde.

Il est vrai que l’ouvrage, singulièrement mésestimé par son manque d’airs flatteurs, est infiniment nourrissant. Les lauriers vont à Verdi, mais aussi à Boïto, qui réussit là l’un des plus exceptionnels livrets de l’histoire de l’art lyrique. Octogénaire, Verdi composa donc une comédie avec quatre ressorts génialement mis en oeuvre : le rythme, l’humour, la légèreté de touche et la caractérisation sonore.

La grande réussite et singularité de la production montréalaise tient au fait que David Gately semble mettre en scène à la fois le livret (l’action) et les commentaires orchestraux. Une action, un geste rehaussent ici ou là un clin d’oeil instrumental, ce qui soutient le rythme de l’opéra et le rend plus lisible.

La finesse de l’orchestration avait toutes les chances de se perdre dans la vaste acoustique de Wilfrid-Pelletier. Le miracle de la direction de Daniele Callegari est qu’il n’en fut rien. L’autre ingrédient musical majeur est le sentiment de voir une vraie équipe sur scène. Ceux qui ont mitonné le spectacle sauront dans quelle mesure l’expérience internationale de Marie-Nicole Lemieux a contribué à cimenter cet élément.

Notre vedette a été ô combien à la hauteur de sa réputation, non seulement vocale, avec une plénitude, une ampleur vocale et des graves somptueux, mais aussi par sa maîtrise du personnage. Sa première rencontre avec Falstaff, où elle se glisse dans son lit et l’en chasse, est un moment de pur bonheur théâtral. Il est important qu’une Quickly puisse tirer les ficelles de l’intrigue par son charme, en embobinant Falstaff. C’est exactement sur ce point que le fameux spectacle de Luca Ronconi, dirigé par Zubin Mehta (un célèbre DVD affichant Ruggero Raimondi), trébuche. Or, dans Falstaff, un seul grain de sable dans les rouages et c’est fini !

Distribution solide

Le Falstaff de Montréal, lui, roule, avec fluidité. Impeccable vocalement et scéniquement Oleg Bryjak, qui a pallié la défection d’un baryton italien, apparaît comme un remplaçant de très grand luxe. Aline Kutan est lumineuse en Nanetta, de même que Figueroa en Fenton (timbre parfait, volume toujours un peu limite dans une telle salle). Parmi les divers comparses, l’oreille aiguisée remarquera la prestation de Lauren Segal en Meg. Verdi ne donne pas grand-chose à Meg, mais cette chanteuse le fait à la perfection. À peine note-t-on que Gianna Corbisiero en Alice et James McLennan en Cajus sont un petit cran en dessous des autres.

Impossible de passer sous silence le petit bonbon réservé avec maestria par David Gately dans l’ultime fugue : un Falstaff laissé seul, autour duquel tout les protagonistes viennent s’aimanter au fur et à mesure de leurs entrées musicales, mais pour disparaître par enchantement laissant le vieux John porter sur son dos le jeune page de l’auberge comme en une transmission intergénérationnelle. Excellent, vraiment !

1 commentaire
  • Gisèle Desrochers - Inscrite 11 novembre 2013 18 h 37

    Bravi!

    J'y étais hier soir.

    Marie-Nicole Lemieux est une enchanteresse. Une Quickly idéale: cajoleuse, délurée, pleine d'esprit. Et quelle voix! Beau travail de Oleg Bryjak, que j'aurais voulu un peu plus trucculent, mais qui fait preuve de véritables prouesses vocales sous le tempo très vif de Maestro Callegari.

    Dans l'ensemble, je partage l'opinion de M. Huss. Bon jeu de Kutan, Figueroa et Segal. Il faudrait aussi mentionner la belle prestation du baryton Gregory Dahl, un Ford énergique et séduisant, ainsi que le timbre velouté et le brio scénique de McLellan. Les rôles de Bardolfo et Pistola ne donnnent pas beaucoup d'exposition à Richer et Morillo, mais ils font un travail tout à fait honorable.

    Une belle réalisation de David Gately et de son équipe. Les décors et costumes sont fastueux. Fi du minimalisme! Car c'est aussi ça, la magie de l'opéra. La fugue finale, a elle-seule, vaut le prix des billets.

    Verdi serait satisfait de voir son 150e anniversaire célébré d'aussi belle façon. Tutti Baggatti.. En effet!

    Gisèle Desrochers-Tremblay