Forum des musiques émergentes et indépendantes du Québec - La scène alternative cherche un nouvel élan

Si des étiquettes alternatives comme Dare To Care, qui produit notamment We Are Wolves (notre photo), ont pris leur place, Patrice Caron veut maintenant s’assurer que le milieu soit solidaire.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Si des étiquettes alternatives comme Dare To Care, qui produit notamment We Are Wolves (notre photo), ont pris leur place, Patrice Caron veut maintenant s’assurer que le milieu soit solidaire.

Le monde et les temps changent, comme chantait l’autre. Et pour certains acteurs de la scène musicale alternative du Québec, les choses ont changé à un tel point qu’il y a urgence en la demeure, au point d’organiser mardi et mercredi un forum, afin de faire un état des lieux. Et qui sait, de trouver quelques pistes de solutions, voire un peu d’espoir.

 

« Je pense qu’on est arrivés à la fin d’un cycle », résume Patrice Caron, instigateur avec la Société professionnelle des auteurs et des compositeurs du Québec (SPACQ) de ce Forum sur les musiques émergentes et indépendantes. Vétéran du milieu musical, Caron organise depuis plusieurs années le GAMIQ, l’ADISQ de l’émergence. En 1998, il était même du mythique Forum des musiques amplifiées, qui avait donné naissance à la SOPREF, un organisme disparu en 2009, mais qui avait fédéré plusieurs initiatives individuelles, donné un élan à plusieurs musiciens de la marge

 

De fringants à vétérans

 

« Ceux qui à l’époque étaient les nouveaux fringants sont rendus des vétérans, des établis, dit Patrice Caron, qui pilote aussi le Musée du rock’n’roll. On le voit avec l’ADISQ, qui tend de plus en plus vers la gauche. On ne peut pas faire abstraction du fait qu’Éli Bissonnette, de Dare To Care, est au CA, ou de l’impact de Sandy Boutin [du Festival de musique émergente en Abitibi-Témiscamingue]. Tous ces gens-là tirent la couverture dans ce sens-là et c’est tant mieux, mais ces joueurs-là, qui ont pris de l’importance, ils ne peuvent pas en prendre plus sur leurs épaules, le marché étant ce qu’il est. On ne peut pas dire aux nouveaux artistes, aux nouveaux entrepreneurs qui sont là pour réinventer la roue, que non, il n’y a plus de place. Et ce que je trouve dommage, présentement, c’est qu’ils n’ont pas vraiment voix au chapitre. »

 

La belle vague des années 2000 a donc laissé un ressac derrière elle, selon les dires de Caron, qui constate que la scène se morcelle. « De plus en plus, on devient des compétiteurs, constate-t-il. C’est plus dur de se parler. On s’en va chacun de son bord, à essayer de survivre avec ce qu’on a. Et avec la disparition de la SOPREF, il n’y a plus d’organisme qui sert d’interlocuteur principal vers qui, si t’es un band émergent, tu peux te tourner et demander de l’aide, poser des questions. »

 

Et le virage vers le numérique ne fait que compliquer la situation. Le Forum des musiques émergentes et indépendantes du Québec, qui est ouvert au public, consacrera d’ailleurs une discussion sur le sujet mercredi matin. « Le problème, maintenant, c’est qu’on donne 66 % des revenus d’une chanson à des compagnies américaines, comme iTunes, Bandcamp ou n’importe quel autre intermédiaire. Mais l’argent d’iTunes ne fait pas rouler notre économie, mais celle d’ailleurs. Là, ici, on voit des bars qui disparaissent, des salles de spectacles qui ferment, des magasins de disques et des médias qui tombent… »

 

Le Forum, qui se tient dans les locaux de Montréal, arts interculturels, abordera entre autres la question du financement des projets, de la diffusion scénique, de la rémunération des artistes et des outils disponibles pour les artistes et les travailleurs culturels. Les détails sont sur leur site Web, au www.fdmeiq.com.

 

Sortir de la bulle

 

Il n’y a pas de résultats concrets prévus lors de ce forum, Patrice Caron voulant surtout qu’un état des lieux soit fait et écrit sur papier. Il aimerait bien que quelqu’un prenne l’initiative, et se serve du futur document pour chercher du financement, développer des idées neuves. Il évoque rapidement un service de distribution numérique, avec une ristourne qui servirait la communauté musicale.

 

« Avec le forum, on va se mettre un peu en dehors de notre bulle, et on va regarder ce qui s’y passe. On a besoin de ça. Comme on a besoin d’encouragement, d’espoir, parce qu’il y a de la détresse. Je le vois avec le GAMIQ, quand on sort les premières nominations, c’est le flot de courriels de ceux qui n’y sont pas, parce que, pour eux, c’était l’occasion d’atteindre une coche de plus. »

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