Travail, rigueur et rébellion

Jadis extravagante parmi les extravagantes, Diane Dufresne reste colorée, mais chante autrement.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Jadis extravagante parmi les extravagantes, Diane Dufresne reste colorée, mais chante autrement.

Il y a presque sept ans que Diane Dufresne a fait paraître son dernier disque, Effusions. C’est qu’elle n’a pas vraiment besoin de courir, ni vraiment de preuves à faire. Tellement que la parution cette semaine d’un disque enregistré en concert avec Les Violons du Roy ne devait même pas exister. « Le thrill, c’est qu’il est sorti ! », assure Dufresne.

 

À l’hiver 2012, Diane Dufresne est montée sur scène à onze reprises pour interpréter avec Les Violons du Roy des chansons d’Effusions, mais aussi quelques classiques de son répertoire ainsi que des pièces de Brel, de Jonasz, de Bashung - étonnante Madame rêve - et de Zazie. Aux commandes de l’aventure, le chef Simon Leclerc a raffiné le mélange entre la pop et le classique, lui qui s’est déjà fait les dents avec Rufus Wainwright, Simple Plan, Vincent Vallières et Mes Aïeux, pour ne nommer que ceux-là.

 

Ce que Diane Dufresne ne savait pas, c’est que son fidèle preneur de son, Toby Gendron, avait tout enregistré. Les onze soirs, toutes les chansons. Son équipe y a vu du potentiel. « Bon, j’ai écouté, grognon, et c’est vrai, c’était bien, même pour le public qui a vu le spectacle », a-t-elle expliqué au Devoir plus tôt cette semaine, installée avec son équipe dans un des salons du Ritz Carlton.

 

À première vue un peu circonspecte au sujet de son disque, Dufresne s’emballe au fil de la discussion, visiblement fière de ce concert qui lui a demandé beaucoup de travail et qui a pratiquement été rodé le jour de la première, devant public. « On s’est lancés, ou plutôt pitchés ! rigole-t-elle. Tu ne le répètes jamais, ton spectacle ; tu arrives, tu es sur la scène et tu le fais. Il y avait quand même trois changements de costumes en plus, c’était assez rough and tough. »

 

On se dit alors qu’aucune chanson faite le premier soir n’a trouvé sa place sur le disque, mais Diane Dufresne nous arrête. « Justement, la surprise c’est qu’il nous reste beaucoup de chansons du premier spectacle, c’étaient les meilleures. Parce qu’il faut que tu te donnes entièrement, il faut que tu te livres, il faut que tu te défonces. Même chose quand on a joué à l’église [Sainte-Rose], ç’a fait une différence, il y avait une autre discipline. Quand il y a une rigueur supplémentaire, tu crois que ça va être un moins, mais quelque part c’est un plus. »

 

Plus douce ou plus rebelle?

 

Maintenant âgée de 69 ans, l’interprète de Tiens-toé ben, j’arrive ! et du Parc Belmont ne se démène plus autant, c’est bien normal, et doit s’adapter au fait de vieillir. Sur ce disque, par exemple, on apprécie son chant plus grave, plus mélodieux, moins criard. « En vieillissant, la voix descend, comme le reste ! Non mais c’est vrai, c’est comme ça. Et avant, il fallait chanter haut pour chanter bien. Il y avait Monique Leyrac, Pauline Julien… Bon, Juliette Gréco avait une voix grave, mais je cherchais l’énergie aussi. Tu veux aller au bout de ta voix. Il fallait crier, y’a personne qui criait. Et je chantais les seins nus, mais pas seulement pour enlever le truc, c’était pour dire : tiens, c’est fait. Maintenant, quand tu regardes Lady Gaga, Madonna, ça montre leurs fesses, ça montre leur peau… C’est des époques. »

 

Jadis extravagante parmi les extravagantes, Dufresne reste colorée, mais chante autrement, autre chose aussi, évoquant entre autres la mort sur Est-ce que je retrouverai ma douce. C’est donc la fin de la rebelle ? « Le défi, c’est de vieillir. Mais je suis encore plus rockeuse, je dis plus aux gens ce que je pense, j’ai moins de temps à perdre. En vieillissant, tu ne perds pas ton tempérament. Je suis dangereusement rebelle ! »

 

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