Concerts classiques - Les seigneurs

Immense. Extraordinaire. Fabuleux. L’OSM et Kent Nagano ont choisi le jour de la venue, en congrès à Montréal, d’un aréopage international d’acteurs du métier de la musique classique pour nous sortir du chapeau leur concert de l’année. Bien joué ! C’est à ça qu’on reconnaît les grandes équipes… La beauté de cette soirée ne fut pourtant jamais ostentatoire, mais vraie, lumineuse, discrète, profonde, intérieure et rayonnante.

 

Le plan Haydn du directeur musical commence à porter ses fruits : l’équipe de cordes est rodée et la Symphonie Lamentatione, l’une des plus subtiles et délicates, en bénéficie à plein. On y retrouve évidemment la transparence et la fluidité propres aux interprétations de Nagano dans ce répertoire. L’exceptionnel Adagio quasi religieux devient littéralement translucide, avec une légèreté de touche et un équilibre spectral remarquable. Dans le Menuet, les forte élégants, mais jamais durs, symbolisent cette approche aristocratique. Du parterre, j’aurais simplement aimé voir les vents légèrement surélevés, pour que la mise en relief du motif de choral soit plus nette.

 

Dans Schubert, le miracle perdure, avec une infinie douceur et tendresse, un volume toujours contenu, au point que dans le Ballet n° 2 la musique a l’air de se poser sur des coussins d’air. L’orchestre, un pur-sang tenu à la bride, est admirable de discipline - cela prend beaucoup d’énergie pour tenir ainsi tout sous le boisseau - et l’idée de disposer les contrebasses à gauche, près des cors, est lumineuse (elle le sera aussi dans Dvorak).

 

Après la pause, un autre seigneur vient se joindre au groupe : le Norvégien Truls Mørk, revenu à ses sommets de noblesse et d’élégance. Son Dvorak a la pudeur de celui de son maître, Frans Helmerson. Le son n’est ni énorme, ni gras, mais la nostalgie, jamais surjouée, est infinie. Tous les caractères de la partition - espressivo, appassionato, risoluto - se lisent comme dans un livre d’images. À côté de Mørk, Nagano cadre le concerto par une direction pugnace et le flûtiste Timothy Hutchins nous joue son plus beau concert depuis longtemps. Reprise à ne pas manquer, samedi et dimanche !

À voir en vidéo