Saule à Coup de cœur francophone - «Bon gros géant» et fier de l’être

Il y a longtemps qu’on l’avait vu chez nous, Saule...
Photo: Mathieu Zazzo Il y a longtemps qu’on l’avait vu chez nous, Saule...

C’est l’engrais. Ou la croissance pas finie, allez savoir. Constat : il a encore grandi, le Saule. Déjà qu’il faisait 1,95 m, voilà qu’il dépasse d’une bonne tête sa petite Belgique. On l’aperçoit désormais de France, ce qui n’est pas rien. On l’a même vu à Taratata avec sa vieille branche de Britiche, le hobo trop beau Charlie Winston. Ils ont joué les poussiéreux à deux, les Dusty Men de la chanson du même nom. « Eh ! Toi l’English man/Enlève donc ton chapeau/Qu’est-ce que tu dis man,/Don’t speak my mother tongue… » Marrant exercice d’autodérision à la Saule, la chanson - ô miracle ! - a fait un carton dans les radios françaises, et ç’a été le pas de géant pour le nouvel album de Saule, précisément intitulé Géant.

 

« On ne s’est jamais dit, Charlie et moi, bon il nous faut un duo pour percer le mur des radios,précise Baptiste Lalieu, dit Saule. C’était une récréation au milieu de l’album, cette chanson, quelque chose de rock un peu déglingué dans le style des Black Keys, avec un rythme quasi disco dans le refrain. Ça me faisait plaisir qu’en plus de son travail sur les arrangements du disque, il y ait cette trace de notre complicité. Mais c’est effectivement la chanson qui m’aura fait franchir la fameuse barrière entre Belgique et France. » Chacun ses frontières : nous, c’est la réussite chez les Anglos qui obsède. Dans le royaume du roi Philippe, c’est le pays de Hollande qui obnubile. Non, pas les Pays-Bas. Hollande comme dans François Hollande. La France, quoi. « J’ai une belle place chez moi, c’est déjà une grande chance. Tous mes albums ont été disque d’or en Belgique. Mais il y a comme une aura un peu pourrie autour des artistes belges qui ont seulement un succès belgo-belge… » Son rire très chien fou retentit de chez lui, un véritable toutou jappe en réaction. « Ça l’excite, quand je parle avec le Québec… »

 

Longtemps qu’on l’a vu chez nous, Saule, ça doit être ça. « C’est pas faute de vouloir… », lance-t-il, laconique. Présence soutenue autour du premier album en 2006, opération moins concluante en 2009, album Western passé dans le beurre mou. Citons une entrevue de l’an dernier avec Suarez, compatriote du Saule et frère d’initiale : « C’est pas évident de rentrer dans le circuit. Saule a essayé, il est allé chez vous plusieurs fois, mais il est rentré sur les rotules, il n’en pouvait plus des premières parties devant 50 personnes. »

 

Souhaitons-lui un Club Soda plein lundi prochain. Géant le mérite. L’homme et l’album. Après ce Western un peu sombre et une grande pause où il a écrit de la musique de film et un disque pour la chanteuse belge Stéphanie Crayencour, on retrouve un Saule renforcé du tronc, qui a renoué avec sa chouette sorte de mélange humour-émotion, et cultive l’autodérision comme d’autres les éditions rares de Spirou. Le chanteur bio, Type normal et surtout Le bon gros géant (« Y a tant d’années que ce grand corps/Rêvait de crier haut et fort […] Le bon gros géant vous emmerde »), composent un portrait en pied qui en impose : avec le temps, chante-t-il, on accepte sa « foutue carcasse ».

 

« Le saule, c’est l’arbre dont on extrait la substance pour faire l’aspirine. Saule, c’est mon antidouleur. Et le bon gros géant, j’en suis plus que jamais fier. Fier de ma différence. Musicalement, dans les textes et dans mon corps de Belge. »