Féfé: des illusions perdues au bonheur retrouvé

Le rappeur français Féfé chante au cœur de la foule lors du festival de musique Vieilles Charrues, en France en juillet dernier.
Photo: Agence France-Presse (photo) Fred Tanneau Le rappeur français Féfé chante au cœur de la foule lors du festival de musique Vieilles Charrues, en France en juillet dernier.

Pour un gars dont le dernier disque solo est pavé de désillusions, Féfé rigole pas mal. Rue Milton, emmitouflé dans son manteau, le Français sourit abondamment, sort une ou deux vannes au journaliste, tout en essayant de comprendre que le « ghetto McGill » où on le rencontre n’a rien d’une cité parisienne. Bref, après les blues, Féfé s’amuse.

 

Quelques mois après un concert remarqué aux dernières FrancoFolies de Montréal, l’ancien membre de Saïan Supa Crew a profité cette semaine d’une pause dans sa tournée européenne pour venir souffler un peu sur les braises laissées derrière lui.

 

Son deuxième disque solo, Le charme des premiers jours, est un mélange accrocheur de rap et de chanson, de rock et de pop. On y retrouve même un duo avec Karim Ouellet, que Féfé avait vu sur scène avant même que leur maison de disque commune ne leur propose une collaboration. « C’est mon hameçon pour dire “ hé, venez écouter un peu s’il vous plaît ”. Mais c’est un bel hameçon ! », lance-t-il le doigt en l’air.

 

Si les mélomanes québécois et canadiens restent encore mystérieux à ses yeux, Féfé reconnaît qu’il y a ici une ouverture d’esprit qu’il ne retrouve pas souvent en France. « Ici je repars à zéro, mais ça me va, ça va avec mon caractère de ne pas vouloir m’ennuyer, explique celui qui a écrit pour Juliette Gréco et Tiken Jah Fakoly. Mais je vois tout de suite, entre autres avec les journalistes, qu’on me prend moins la tête avec ce que je fais, les gens acceptent davantage que c’est mon style. En France, c’est plus compliqué, on me demande pourquoi je fais les choses comme je les fais. »

 

Politique et liberté

 

Comme le titre Le charme des premiers jours l’évoque, Féfé parle d’amour, mais aussi pas mal de politique, de la France. « Disons que c’était une période où j’étais désabusé, c’était sous Sarkozy, la France allait mal - elle va encore plus mal, mais bon. La droite commençait à être encore plus extrême et c’était devenu normal de dire certaines choses. Et moi-même j’avance en âge, je commence à avoir des désillusions. J’avais besoin de retourner aux promesses que la vie me faisait avant, le charme des premiers jours où tu crois que demain, y’a encore mieux qui t’attend. J’avais besoin de parler de ça. »

 

Les premiers jours, c’est aussi la musique de son enfance, celle de son père. C’est Motown et Stax, c’est de l’afrobeat - il est Nigérian -, du reggae, un peu de dub, du Nougaro et même du Kenny Rogers. « Bon, Rogers quand je réécoute, je me dis que c’est limite ! Papa, doucement ! Mais il était très curieux, et j’ai appris la musique comme ça, sans barrières. Quand on me dit pourquoi ton son est si varié, je dis : “ blâmez mon père ! ” »

 

Mais autant le métissage des sons enrichit son disque, autant Féfé a eu du mal à trouver sa place dans les radios françaises. Trop chanté pour les uns, trop rappé pour les autres, Le charme des premiers jours n’entrait pas dans une boîte définie. Une absurdité de plus dans l’industrie musicale. Le père de famille a quelques frustrations, mais évite d’en faire un plat, affirmant à plusieurs reprises que les choses débouchent pour lui, que les cadres s’assouplissent. Mais quand même.

 

« Y’a en France encore quelques idées préconçues, quelques manières d’écouter la musique, aussi. Mais pour ma musique, y’a pas de tenues exigées, je ne te demande pas d’être stylé, d’avoir l’air de quoi que ce soit. Par exemple, j’ai découvert Bob Dylan sur le tard, ça m’a donné une tarte. Mais j’ai le droit d’aimer autant Bob Dylan qu’un bon Notorious B.I.G., non ? C’est Miles Davis qui disait qu’il y a deux types de musique, la bonne et la mauvaise. J’essaie d’être dans la bonne, un maximum. »

 

On sait que Féfé remontera sur les planches québécoises cet hiver, en février si les plans tiennent bon. Mais déjà, les traces d’un troisième disque sont bien réelles dans la tête du rappeur. « Je suis en plein au début, aux balbutiements de la musique et des textes. Mais ce prochain album, je l’attends depuis mon premier. Quand j’ai signé en maison de disque, je me suis dit que le troisième, il sera africain. À ma manière, ça ne veut pas dire que j’arrive avec un boubou et une lance, rigole-t-il. Moi je suis Yoruba, je veux m’inspirer de l’Afrique, peut-être dans les rythmes, dans les orchestrations, les riffs, peut-être dans les rimes, mais ça va être sous-jacent. J’aimerais faire quelque chose d’Africain, mais moderne. Je cherche. »

 

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