Les chercheurs

Le concert ouvrant la 25e saison du NEM m’a rappelé cette blague estudiantine, qui circulait dans les facultés de sciences : « Des chercheurs qui cherchent, on en trouve ; mais des chercheurs qui trouvent, on en cherche ! »

 

Comme l’a très bien montré cet étalage de soliloques abscons, les Vénitiens Luigi Nono et Bruno Maderna furent des chercheurs. Quarante ans après, force est de constater qu’ils n’ont pas trouvé !

 

Nous touchons donc, là, à une différence fondamentale entre les sciences et la musique. Cette dernière discipline s’évertue à reproduire épisodiquement en vain des expérimentations dont, pourtant, il est avéré, depuis des décennies, qu’elles n’ont pas abouti.

 

Du panorama de vendredi il reste très exactement ce qu’on attendait : ...sofferte onde serene… pour piano et bande, défendu avec maestria par Jacques Drouin, une oeuvre à classer au chapitre « intéressant ». Le reste tient de la « recherche infructueuse » ou de la poubelle de l’histoire.

 

Il était symbolique et édifiant de voir que les notes de programme tenaient en une double page biographique pour chaque compositeur, textes émanant de l’IRCAM, le bien nommé Institut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique de Monsieur Boulez à Paris. Une bio mais pas un seul mot sur les oeuvres. La chose hautement intéressante eut ici été de demander à chaque interprète d’écrire un paragraphe expliquant son choix de l’oeuvre jouée, les raisons de son attachement à celle-ci et les choses auxquelles il désire sensibiliser l’auditeur. Les réponses « parce que je suis payé pour ça » ou « parce que c’est subventionné » ne sont pas admissibles. Merci.

 

Je précise avoir plusieurs autres motifs d’admiration pour Nono et Maderna - la sincérité et les engagements du premier, le lumineux travail sur L’Orfeo et les idées du second sur Mahler ou Debussy - et il m’est tout aussi fondamental de souligner que le solo en musique contemporaine est une discipline qui peut se montrer féconde : Jean-Guihen Queyras jouant l’une des Trois Strophes sur le nom de Sacher d’Henri Dutilleux, l’a bien montré il y a quinze jours à Montréal. Mais voilà : Dutilleux a trouvé. Maderna pas.

 

Dans les années 70, ils étaient peut-être 300 à le constater, vendredi ils étaient 150. En 2037, seront-ils encore une cinquantaine ? En tout cas les absents auront bien raison !

6 commentaires
  • Charles-Antoine Fréchette - Inscrit 28 octobre 2013 12 h 35

    C'est pas sérieux...Est-ce vraiment une critique?...

    C'est pas sérieux...C'est ça votre critique?...

    J'étais présent à ce concert... Je dirais d'emblée qu'un critique qui n'a pas encore compris qu'il faut s'asseoir au centre de la salle du moment qu'il y a un dispositif électronique, n'est pas très, très...présent... et plutôt «absent d'esprit», en vérité.

    Il y a quelques années de cela, le compositeur québécois Jean-François Laporte me faisait remarquer qu'on qualifiait souvent la musique contemporaine «d'expérimentale», et me donnait l'exemple de Varèse qui répondait à ses détracteurs, «Mes expérimentations, c'est dans mon atelier que je les fais. Ce que je présente, c'est un produit fini,» [car] «Je ne cherche pas, je trouve», citation à mettre en perspective avec vos commentaires si peu éclairants.

    Un biographe de Varèse, que j'ai bien connu, me relatait aussi que Varèse en privé, disait de son jeune admirateur, le compositeur Henri Dutilleux, de près de tente ans son cadet, «Du ti-vieux». Alors, si on met tout ça en perspective, certains peuvent pensé qu'ils sont «présents», mais au fond, ils se rapprochent des animaux empaillés au dix-neuvième siècle que l'on retrouve dans les musées d'histoire naturelle, pour faire une analogie avec les sciences.

    Bravo à tous les musiciens solistes pour ce concert de haute-voltige!

    Et oui, pour ceux qui ne connaissant pas, (c'est vrai que ça peut être ardu au début,) mais Luigi Nono est un maître qu'on gagne à écouter, et à réécouter, encore et encore... Car après tout, la grande musique ne se laisse pas totalement dévoiler en une seule écoute... autrement, y'a l'industrie de la musique pour vous satisfaire et vous conforter...

  • Jean-Marie Francoeur - Inscrit 28 octobre 2013 12 h 52

    Citation

    « Des chercheurs qui cherchent, on en trouve ; mais des chercheurs qui trouvent, on en cherche ! »

    Cette citation est de De Gaule. La formulation originale est "Nous avons des chercheurs qui cherchent. Il nous faudrait des chercheurs qui trouvent".

  • Frédéric Chiasson - Inscrit 29 octobre 2013 03 h 18

    À Charles-Antoine Fréchette : Oui, c'est vraiment une critique

    Franchement, ce commentaire frise l'insulte. Quoi? Ne pas savoir qu'il faut s'asseoir au centre de la salle lorsqu'il y a de l'électroacoustique, c'est être «absent d'esprit»?! Moi je dirais que ce sont à ces «chercheurs qui cherchent» de «trouver» comment assurer une qualité sonore à tous les auditeurs. Pour le respect des auditeurs – qui paient largement les salaires et les subventions de ces «chercheurs» avec les impôts – ce n'est que la moindre des choses!

    M. Huss n'aime pas le concert? Eh bien, il en a le plein droit! D'autant plus qu'il situe le concert dans son contexte et dans l'histoire, on voit que le critique a fait son boulot, même si cela ne vous plait pas. Ce n'est pas parce qu'est un compositeur ou un «artisse» contemporain qu'on est intouchable et que tout ce qu'on touche devient or! Ce ne sont pas vos arguments d'autorité des copains du milieu qui rendent cela plus légitime.

    La musique, c'est comme la cuisine : il y a des plats que l'on aime et que l'on n'aime pas, des plats que l'on apprend à aimer et d'autres auxquels on ne s'y fera jamais. Si on ne s'y fait pas, ça peut être une question de goût, c'est peut-être parce que c'est raté.

    Au moins, le NEM a des critiques et des subventions, malgré des publics confidentiels. De mon côté, avec ma pièce Urbania, malgré des interprètes de premier plan (Pascale Beaudin, Jean-Philippe Tremblay, Orchestre de la Francophonie), malgré des salles combles au Centre national des arts d'Ottawa et au Domaine Forget, malgré des ovations... pas de critique à Montréal et pas de subventions!

    Pour la critique, il y a de très bonnes raisons : deux seuls journalistes de musique classique ne peuvent pas tout couvrir. (Heureusement que je garde des enregistrements de mes pièces sur mon site pour une découverte ultérieure.) Moi, à la place du NEM, avec les subventions et malgré une critique sévère, je me considérerais très chanceux.

    • Charles-Antoine Fréchette - Inscrit 29 octobre 2013 12 h 14

      En effet, oui mon commentaire «frisait» l'insulte... Bien lu...

      Ce n'est pas un critique d'étaler ses goûts sur la place public:
      faire une critique, ça aurait été nous dire en quoi Maderna n'a pas trouvé... est-ce par la qualité ou la pauvreté de l'écriture instrumentale? est-ce dans la qualité ou la pauvreté des structures musicales? est-ce dans l'orchestration - ici cela ne se posait pas vraiment- ? En ce qui me concerne, Maderna a échoué parce qu'il a créé une chimère: des jambes modernistes - matériaux des années cinquante et soixante- avec une tête, une logique et un langage expressionniste seconde école de Vienne. Il en ressort une musique, non pas totalement inintéressante, quasi-caranavalesque pour reprendre la thématique vénitienne du concert, mais sans conhérence forte. Pour le reste, il faudrait vraiment être absent, sourd ou «nono» de mettre Luigi Nono dans le même panier, encore plus si on veut y mettre Dutilleux dedans, goût ou pas. La musique savante, ça s'écoute d'abord avec le corps et la tête... Du moment que vous y mettez du «coeur», c'est surtout votre «je» qui reste d'être déçu... Autrement, restez chez vous à écouter vos favoris et restez en là!

      En ce qui me concerne, je peux dire que n'ai pas été vraiment appuyé par le NEM... mais je vois pas le rapport.

      Pour les ovations, et bien tant mieux pour vous! Certains en ont à Montréal au Québec, au Canada, mais aussi sinon plus, en France, au Royaume-Uni, en Espagne, en Russie, au Mexique... Faire votre scène déchire-chemise sur la place publique - ce n'est pas facile pour personne en ce moment dans le milieu-, ça nous parle de votre «je», mais je pense qu'on passe à côté de la plaque... car...

      M. Huss, de grâce, un peu d'esprit d'enfance, de découverte, d'inattendu! En parlant de la nouvelle version de Uchida dans Schumann, ou de tel disque de Bartok ou de Rach..., vous ne faîtes que la moitié du boulot. L'autre concerne la musique vivante.

  • Frédéric Chiasson - Inscrit 29 octobre 2013 20 h 25

    Mauvais ambassadeur

    En tout cas, ce n'est pas avec des commentaires comme ça que le simple mélomane va vouloir écouter le NEM. Très dommage pour le NEM, mais maintenant, même moi je n'ai pas envie de rencontrer le commentateur dans la salle!

    • Charles-Antoine Fréchette - Inscrit 29 octobre 2013 21 h 11

      C'est qui le «simple» mélomane...?