L’ultime assaut de La descente du coude

Dans son punk-rock, La descente du coude a toujours poussé le sens autant que le son.
Photo: Boyce Cindy Dans son punk-rock, La descente du coude a toujours poussé le sens autant que le son.

« On était tanné de mourir, alors on a décidé de juste être mort. » Tant qu’à trépasser, aussi bien l’annoncer avec classe et esprit, surtout quand on est La descente du coude et qu’on a toujours poussé le sens autant que le son. Après une dizaine d’années de punk-rock en montagnes russes, le quatuor donnera vendredi prochain un ultime concert, au Divan orange à Montréal, question d’arrêter « de nourrir sa mort à venir, de s’entretenir à petit feu pour s’exploser une dernière fois avant de crever pour vrai ».

 

Triste mais vrai, ce sont les mots de Simon Leduc, chanteur et parolier de La descente du coude, prof de littérature au cégep, au sourire généreux et au chant haut perché. Il a accepté de discuter de la fin de son groupe, parce qu’au fond il n’en est pas tout à fait affligé. En fait, il y a un amalgame de fierté, de frustrations, de souvenirs de bons et de mauvais coups, de salles pleines et de salles vides, de bière qui goûte parfois la victoire, ou qui à d’autres moments est un peu trop amère. Dix ans de rock, quoi.

 

Formée en 2003 par Leduc, André-Guy Nichols, Pierre-Olivier Gratton et Normand Desrochers, La descente du coude a commencé son parcours avec du punk-rock bien coupant, avec des textes assez politiques plus criés que chantés. Un premier EP, Croyez-moi ça fait mal, une des premières parutions de l’étiquette Dare To Care, les fait connaître avant que ne paraisse L’indécence du coup, en 2005. En 2008, le groupe a pris un virage plus mélodique et plus personnel avec Coup de foudre, qui sera suivi quatre ans plus tard de L’idéal en civière.

 

« Quand on a commencé, on avait un public vraiment plus présent, avoue Leduc, qui ne tente pas de dorer la réalité. Les spectacles étaient comme des événements à chaque fois. Et à partir de Coup de foudre, on a changé notre approche un peu, et on a eu une meilleure réception médiatique, on a joué plus dans les radios, mais les spectacles sont devenus vraiment moins intéressants. Ç’a été vraiment étrange, on avait ce qu’on voulait avant, mais l’énergie était moins là. Et avec le dernier disque, on a fait des trucs vraiment cool, mais on sentait que ça s’épuisait. Et à la limite, on est de bons amis, pis c’était une question de sauver notre amitié aussi. »

 

L’instinct contre l’intelligence

 

Dans son très beau mot d’adieu, Simon Leduc écrit : « On pourrait chercher à tout expliquer : dire […] que les vrais rockeurs se méfient de leur intelligence. » La Descente du coude était-elle trop axée sur la tête, et pas assez sur l’instinct ?

 

« J’ai écrit ça au lendemain d’un show à Ville-Marie où il y avait quinze personnes, mais où on avait été super bien accueillis. Je me suis réveillé et je me sentais super chanceux, même si à un certain point c’était absurde. On avait toutes les raisons de ne pas aller faire ce spectacle-là, on nous avait écrit pour être sûr qu’on voulait venir même s’il n’y avait pas de billets vendus, on a dit “ go ”, on s’est méfié de notre intelligence, et on a eu du plaisir. Et c’est aussi ça faire du rock, suivre ses instincts, foncer. Nous, c’est un peu ça qui nous a manqué à certains moments dans notre vie de band, on a été trop peureux des fois. »

 

Le chanteur se souvient des premières années du groupe, où leurs pochettes étaient collées à la main, autour d’une bière. Jusqu’à ce que Malajube fracasse la baraque avecTrompe l’oeil et amène un peu d’eau au moulin de la maison de disque. « Tout à coup, on fait une demande de subvention, on ne croyait pas à ça, et ça marche ! Et après le booking, ils pouvaient le faire pour nous, et même nous demander des garanties. Bref, ç’a énormément changé avec le temps. »

 

Le cas de La descente du coude, dont le travail a souvent été souligné par les critiques, est quelque part un exemple parmi d’autres des difficultés du métier de rockeur, au Québec en particulier. Après dix ans, l’effritement guette, pensons à Karkwa et à Malajube, tous deux en pause.

 

« Ce que j’aimerais qu’on retienne le plus de mon texte d’adieu, dit Leduc, c’est la phrase “ Si on s’enfonce en forêt, c’est pour trouver le lynx, pas le succès ”. C’est le jeu, tu t’enfonces, tu vas faire des shows loin, tu sais que tu ne trouveras pas nécessairement ce que tu cherches, t’auras pas de succès, mais t’auras trouvé quelque chose, un sens à ce que tu fais. Y’a un sentier du guerrier dans le fait de faire de la musique, et je pense qu’un groupe rock doit apprendre à travailler avec ça. On s’aventure, mais on va probablement se péter la gueule ! » Surtout quand on s’appelle La descente du coude…

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