Concert classique - Deux joyaux dans un écrin

Ce concert, qui sera redonné ce dimanche après-midi, n’est sans doute pas « l’affiche de la saison » de l’OSM, celle qui fait courir d’emblée les foules. Mais ce sera assurément l’un des meilleurs. Jakub Hrusa (32 ans) et Vilde Frang (27 ans) pourraient en théorie être les pions des puissants tireurs de ficelles du marketing musical ; ceux qui ont décidé qu’aujourd’hui les chefs doivent être des jeunes, les violonistes des femmes, et les pianistes des Asiatiques. Ce n’est pas le cas et c’est tant mieux ! À l’écoute de leurs enregistrements, nous en étions déjà persuadés avant de les entendre, mais la confirmation est flamboyante : allez découvrir, dimanche, ces deux joyaux dans l’écrin sonore de la maison symphonique.

 

La violoniste norvégienne Vilde Frang se démarque très notablement de nombre de ses consoeurs, genre Hagner, Benedetti ou Steinbacher. Elle possède avant tout une signature sonore d’une vraie matière et d’une rare beauté, qui rentre sous la peau. En fermant les yeux, je me replongeais 35 ans en arrière, subjugué par le charme du violon de Pierre Amoyal, le grand violoniste français, seul élève de Heifeitz.

 

Vilde Frang a fait chanter le concerto de Bruch avec ferveur, notamment dans les derniers instants d’un bouleversant 2e mouvement. Quatre anicroches ne comptent pas devant la somme de musique, la profonde respiration, l’intelligence pudique de la lecture. On a tout lieu de penser que l’accelerando final du soliste et de l’orchestre sera plus homogène dimanche.

 

Jakub Hrusa a marqué son territoire dès LaMoldau : avec un épisode du torrent tumultueux et très tenu, une absence du ralentissement traditionnel lorsque Smetana dépeint l’élargissement du fleuve et une avancée maintenue jusqu’aux dernières mesures, là seulement où le compositeur prescrit de ralentir. L’articulation orchestrale est aidée par des appuis et accents qui charpentent l’avancée musicale. Hrusa opère de même dans l’accompagnement de Bruch.

 

Quant à la Huitième de Dvorak, elle met en lumière son sens de l’architecture et de la respiration, ne serait-ce que dans la gestion de la pause entre les mouvements. L’orchestre donne son maximum à ce chef qui le tient si bien. Pas un accent ne semble lui échapper, le dosage des violoncelles dans le 2e thème du 3e mouvement est parfait. Les pianissimos gérés avec une immense concentration génèrent atmosphères et suspense.

 

Certains s’amusent, ces temps-ci, à prédire le départ de Kent Nagano en 2016 et à constituer une liste de successeurs potentiels, Vasily Petrenko en tête. Ce concert va être un incontournable pour eux, car il leur fournira de toute évidence un autre nom… et pas loin du premier !

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