L’art débarrassé de ses étiquettes

Le spectacle visuel et musical de Julie Desrosiers, Les bois dormants, se destine aux enfants alors que la création de Jacob Wren, Every Song I’ve Ever Written, est entièrement faite de chansons.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Le spectacle visuel et musical de Julie Desrosiers, Les bois dormants, se destine aux enfants alors que la création de Jacob Wren, Every Song I’ve Ever Written, est entièrement faite de chansons.

Julie Desrosiers et Jacob Wren ont beau habiter la même ville, exercer le même métier, oeuvrer dans les mêmes sphères, prendre vivement position pour l’interdisciplinarité et participer à une même édition du Festival Phenomena, les deux créateurs n’avaient jamais entendu parler l’un de l’autre avant de s’asseoir à la même table du café du Mile End où nous les avons réunis.

 

Francophone, issue des arts visuels et de la scénographie, Julie pratique la marionnette contemporaine. Elle vient de recevoir le prix Victor-Martyn-Lynch-Staunton du Conseil des arts du Canada pour son travail exceptionnel. Anglophone, codirecteur artistique du groupe interdisciplinaire PME-ART, ayant grandi à Toronto, habitant Montréal depuis 14 ans, Jacob est, entre autres, auteur, metteur en scène, comédien et musicien. En somme, ce sont deux créateurs qui fuient les étiquettes, deux spécimens tout à fait représentatifs du Festival Phenomena.

 

Faire pousser les bois en soi

 

Julie Desrosiers profite de l’invitation lancée par le Festival pour dévoiler Les bois dormants, un spectacle visuel et musical inspiré des contes de fées et destiné aux enfants de quatre ans et plus. Ça se passe au Bain Saint-Michel, le 25 octobre à 19 h. Il y est question de différence, d’unicité et de construction de soi. Pour raconter l’histoire d’un enfant pas comme les autres, qui se sert de pépins pour faire pousser les bois qui dorment en lui, la jeune créatrice emploie matières, musique, marionnettes et mouvements. On dit que son esthétique singulière est faite d’images fortes et poétiques.

 

« À mes yeux, un marionnettiste est avant tout un manipulateur, lance Julie Desrosiers. Manipulateur d’objets, bien entendu, mais aussi de sons, de mots, de lumières et d’images. Je pense que, sur scène, tout peut devenir matière, donc être manipulé. Mes spectacles sont plus près du collage ou du tableau. Ils tiennent plus de la juxtaposition. Ils sont rarement linéaires ou narratifs. Cela dit, cette création, Les bois dormants, me permet d’aller vers quelque chose de plus accessible. C’est représentatif de mes recherches et de mes préoccupations, mais c’est tout de même plus conventionnel que ce que j’ai l’habitude de faire, plus rassembleur. Ça s’adresse d’abord aux enfants, mais je tiens à ce que l’expérience soit tout aussi riche pour un adulte. »

 

Chanter son journal intime

 

Alors que le spectacle de Julie Desrosiers est porté par la musique de Cédric Dind-Lavoie, mais aussi par quelques chansons, parmi lesquelles une berceuse inédite signée Stéphane Lafleur, leader du groupe Avec pas d’casque, la création de Jacob Wren, Every Song I’ve Ever Written, qui sera présentée à la Casa del Popolo le 20 octobre à 22 h, est quasi entièrement faite de chansons.

 

« Ce sont des chansons que j’ai écrites et composées quand j’étais adolescent, dans les années 80 et 90, explique Jacob Wren. À cette époque, je ne les faisais entendre à personne, mais j’étais persuadé qu’un jour j’allais devenir chanteur. Avec ce matériau, quelque chose comme le journal intime d’un garçon un peu anxieux et plein d’idéaux, j’ai décidé de faire un spectacle qui est à la fois nostalgique et contemporain. Ça parle de la jeunesse, de la manière dont nos vies changent de trajectoires, mais aussi de ce que le Web a modifié dans notre façon de produire, de diffuser et d’écouter les chansons. »

 

Wren, qui a déjà démontré son engouement pour la musique dans un spectacle intitulé The DJ Who Gave Too Much Information, notamment présenté à l’OFFTA, compte cette fois sur la participation du public, essentielle au bon déroulement de la soirée. « J’ai enregistré 58 chansons et je les ai placées sur un site Internet : www.everysongiveeverwritten.com. Les gens peuvent ainsi les découvrir et même déposer leurs propres versions. Parfois, je me contente d’interpréter moi-même ces pièces sur scène. Bien entendu, je parle entre chacune d’elles. Mais cette fois, j’invite les spectateurs à venir chanter mes chansons sur scène. C’est un véritable karaoké. Il y a les paroles qui défilent à l’écran et moi à la guitare pour les accompagner. » Oserez-vous ?


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La tribune de ceux qui cherchent

Ancré depuis 12 ans dans le quartier Mile End, le Festival Phenomena, autrefois Voix d’Amériques, est un événement interdisciplinaire et bilingue. Cette année, ce sont 150 artistes du Québec, du Canada, de l’Espagne et de la France qui donneront 40 spectacles en salle et à l’extérieur.

Il y aura de la danse et du théâtre, du théâtre d’ombres, d’objets et de marionnettes, des performances et des installations, des projections et de la musique. On parle même de tableaux vivants et d’automates. Ce sont pour ainsi dire tous les genres qui sont représentés. « Pour nous, l’interdisciplinarité n’est pas une simple accumulation de disciplines, précise la directrice artistique D. Kimm, mais une manière de faire qui implique un questionnement, qui transgresse les conventions et qui oblige à quitter sa zone de confort. Phenomena est une tribune pour ceux qui cherchent, pour les artistes émergents et les petites productions indépendantes, inventives et anticonformistes. »

Le Festival a ses quartiers généraux à la Sala Rossa et à la Casa del Popolo, mais une partie de la programmation se déroule au Bain Saint-Michel, à la galerie Occurrence et au restaurant Taza Flores.

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