Andre Papanicolaou sort de l’ombre (et du bois)

Au début de l’année, Andre Papanicolaou nous a gratifiés d’un album à lui et rien qu’à lui...
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Au début de l’année, Andre Papanicolaou nous a gratifiés d’un album à lui et rien qu’à lui...

Papanicolaou. Comme ça se prononce. Comme ça se présente. Avec la bonne bouille qu’il a, on le reconnaît tout de suite, non ? Mais si, le guitariste qui a joué avec tous ceux qu’on aime ? Notre Steven Van Zandt à nous, prêt à soutenir les Bruce en puissance des alentours, le valeureux de nos valeureux, Vincent Vallières, Daran, Éric Goulet en Monsieur Mono, la liste est longue : toujours pas ? C’est fou comme on ne voit pas les musiciens quand on regarde le chanteur. Surtout ces gars qui n’en font jamais trop, ces vrais alliés, ces as du complément.

 

Faisons connaissance, alors. Sachez tout de suite qu’il a fait le grand saut, le cher Andre (sans accent aigu, merci) : au début de l’année, pour ainsi dire en catimini, le fier Papanicolaou nous a gratifiés d’un album à lui et rien qu’à lui, qui ne s’intitule pas Into the Woods, Out of the Woods pour rien. Du folk-rock de vrai bois d’arbre, du songwriting nourrissant, parfois poignant, pas un gramme d’aggloméré. Un album qui lui ressemble. « Je fais de la musique professionnellement depuis une dizaine d’années. Dans une autre vie, j’étais en marketing. Je suis issu d’une famille anglophone, d’origine grecque comme mon nom l’indique un peu beaucoup, une famille où l’éthique du travail quotidien est au centre de tout. C’est ce que j’ai apporté dans mon travail de musicien. Mais comme la plupart des musiciens, j’ai toujours composé dans mon coin, tout en étant très heureux de ne pas être au centre de la scène. »

 

Comment alors décide-t-on que le centre, ce lieu de grande exposition à la lumière, peut aussi convenir à un homme de l’ombre ? « C’est la tournée en duo avec Vincent. Juste des guitares acoustiques, super intime, on jasait avec le monde après les shows. J’étais plus impliqué, on avait réarrangé ensemble les chansons. Ça m’a donné le goût de me remettre plus sérieusement à mes affaires. Et il y a eu aussi que je sortais d’une année de grands bouleversements dans ma vie et dans ma tête : quelqu’un m’a proposé d’écrire dans un journal ce qui m’arrivait, ce que je ressentais. Mais je faisais pas mes devoirs. J’avais la solution devant ma face : écrire des chansons. Une fois que j’ai compris ça… »Toutes fortes, ces chansons, senties, perméables, évitant l’anecdote juste assez pour que l’émotion passe. « And I’m running scared / And you’re nowhere… », chante-il dans I’m Not There. « Je voudrais tellement savoir ma belle / Comment tu te sens », renchérit-il dans Aux quatre vents, la seule chanson en français de l’album. Et ainsi de suite.

 

« Éventuellement, j’ai eu de quoi faire un disque. J’ai appelé mes amis. » Les meilleurs, vous pensez bien : le bon doc Joss Tellier aux guitares incroyables, Simon Blouin à la batterie mastoc, Guillaume Chartrain à la basse-pilier, etc. Ici Andrea Lindsay pour une harmonie, là Carcacol pour une autre. À Andre, on dit oui, où, quelle heure ? « À la fin du projet, j’avais l’impression de venir au monde. D’exister autrement. Ça se pouvait, un disque de moi, on venait de le faire. » Disque de deuil, d’échec, mais d’espoir par son existence même. Andre avait osé. Et gagné : la douleur est dans les chansons, désormais. Le titre de la première chanson le dit : You Can’t Lose (If You Don’t Play). « J’avais le goût d’aller jusqu’au bout. Et c’est pour ça que je le fais en spectacle et qu’on débarque à L’Astral. » Il sourit, content de lui. « Si ça marche pas, j’aurai mieux compris ce que les chanteurs vivent et ça fera de moi un meilleur sideman. »


 

À L’Astral ce jeudi, à 20 h.

 


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