New York City Opera, une mort dans l’indifférence

Dans les années 2006-2009, le New York City Opera, alors résident au Lincoln Center, a été plongé dans le rouge par une cascade de décisions désastreuses du conseil d’administration.
Photo: Jeff McCrum Associated Press Dans les années 2006-2009, le New York City Opera, alors résident au Lincoln Center, a été plongé dans le rouge par une cascade de décisions désastreuses du conseil d’administration.

Après avoir vainement tenté de faire appel à la population pour renflouer ses caisses, le New York City Opera a déposé mardi son bilan et annulé sa saison 2013-2014.

 

Il fallait 7 millions de dollars au New York City Opera pour assurer sa saison 2013-2014, qui se sera limitée aux représentations de l’opéra de Mark-Antony Turnage Anna Nicole (2011), en création américaine. Après l’objectif de 7 millions, fin septembre, il aurait fallu lever 13 autres millions avant la fin de l’année pour garantir la pérennité de l’opéra ou, à tout le moins, une saison 2014-2015.

 

Camouflet ultime pour le New York City Opera (NYCO), créé en 1944 par le maire Fiorello La Guardia en vue de devenir l’« opéra du peuple » : en 2013, le peuple n’a pas suivi. Des 7 millions urgemment requis, George Steel, directeur du « second opéra de New York », avait voulu glaner 1 million par l’entremise du site de collecte de fonds Kickstarter, qui fait appel à monsieur Tout-le-Monde. Mais le flop de l’opération - 301 019 $ recueillis, soit même pas un tiers de l’objectif - a fait du NYCO un « kick looser ».

 

Il y avait assurément une légitimité pour l’existence d’une seconde maison d’opéra à New York, une institution mettant le pied à l’étrier à de jeunes chanteurs ou à des metteurs en scène prometteurs et présentant les créations de compositeurs américains. Le duo de scénographes québécois Barbe et Doucet y ont déployé leur magnifique Cendrillon de Massenet. C’est là aussi que les New-Yorkais pouvaient voir Powder Her Face de Thomas Adès. Le NYCO se targue d’avoir donné leur première chance à plus de 3000 chanteurs de renom, parmi lesquels Joyce DiDonato, Renée Fleming, Sherrill Milnes, Samuel Ramey, Beverly Sills, Tatiana Troyanos et Frederica von Stade.

 

Le début de la fin est à chercher dans les années 2006-2009, quand le New York City Opera, alors résident au Lincoln Center, à côté du Met et en face de la salle de concert du Philharmonique de New York, a été plongé dans le rouge par une cascade de décisions désastreuses du conseil d’administration, décisions rendues irrémédiablement fatales par la crise financière de 2008. Pour faire du NYCO un contrepoids au Met, qui venait (2006) d’être pris en main par Peter Gelb, le conseil engagea le provocateur Gérard Mortier (2007). Ce dernier exigea un budget annuel de 60 millions pour ses visions de grandeur. On ne lui en trouva que 36. Il claqua donc la porte en novembre 2008. La saison 2008-2009 se solda par un déficit de 19,9 millions de dollars, s’ajoutant à des pertes antérieures.

 

Malgré les exercices équilibrés de George Steel ces deux dernières saisons, le NYCO ne s’est jamais relevé du krach, de ses ambitions mort-nées et de ses déficits accumulés. Le déménagement du Lincoln Center et le démembrement de son orchestre et de ses troupes auront fermé le cercueil sur cette institution sans « maison », devenue itinérante.

 

D’autres institutions existantes, plus spécialisées et plus modestes, ou, peut-être, une sorte de « New New York City Opera » prendront le relais de cette scène, pour incarner des îlots de création et de dynamisme face à l’iconique Metropolitan Opera.

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