Bertrand Cantat sort un nouvel album, dix ans après le drame de Vilnius

Le chanteur français Bertrand Cantat sur la scène du festival de musique les Eurockéennes, à Belfort, en juin 2012
Photo: Agence France-Presse (photo) Sébastien Bozon Le chanteur français Bertrand Cantat sur la scène du festival de musique les Eurockéennes, à Belfort, en juin 2012

« Tous les jours, on retourne la scène/Juste fauve au milieu de l’arène/On ne renonce pas/On essaie de regarder droit dans le soleil. » Voilà les premières paroles du retour très attendu sur la scène musicale de Bertrand Cantat, dix ans après le drame de Vilnius et le meurtre de sa compagne, Marie Trintignant, pour lequel il a été condamné à huit ans de prison. L’ex-chanteur de Noir Désir a dévoilé ce lundi le premier extrait de son nouveau projet musical Détroit, pour lequel il collabore avec le bassiste Pascal Humbert, ex-membre de Passion Fodder et 16 Horsepower, et producteur du premier mini-album de Noir Désir en 1987, Où veux-tu qu’je regarde ?

 

La chanson Droit dans le soleil est issue de l’album écrit par les deux hommes, intitulé Horizons, et a été coécrite au Liban avec le metteur en scène Wajdi Mouawad. Elle a été mise à disposition des radios le même jour. L’album sortira le 18 novembre, trois ans presque jour pour jour après la séparation de Noir Désir. Une vidéo du tournage en live du morceau est également en ligne. L’étiquette Barclay a par ailleurs annoncé qu’une tournée suivrait la sortie de l’opus.

 

Ce n’est pas la première fois que Bertrand Cantat retouche à la musique. Mais s’il est remonté à de nombreuses reprises sur scène et a enregistré des chansons, il est pour le moment toujours apparu en tant que collaborateur ou invité d’autres artistes : les Bordelais d’Eiffel, Shaka Ponk, Wajdi Mouawad ou encore le duo Amadou et Mariam. S’il a même écrit des textes, il a cependant toujours évité tout ce qui aurait pu être interprété comme une allusion à sa situation personnelle.

 

Libéré en 2007, le chanteur a longtemps gardé le silence le plus complet. Jusqu’en août 2010, un contrôle judiciaire lui imposait de s’abstenir de produire tout ouvrage ou oeuvre audiovisuelle liée à la mort de Marie Trintignant, et de ne pas s’exprimer publiquement sur ces faits.

 

Cette fois, ses textes seront scrutés à la loupe. Selon Europe 1, Bertrand Cantat évoque dans une des dix chansons d’Horizons ses années de prison, mais ne fait aucune allusion au drame de Vilnius. Sans confirmer cette information, sa maison de disques Barclay a simplement indiqué que certains textes du disque étaient « inspirés de son expérience personnelle et de sa vie ».

 

Si ce retour est très attendu, c’est aussi parce que Bertrand Cantat devrait sortir de son silence pour défendre son projet, alors qu’il n’a donné que de très rares et courtes interviews depuis 2003. Dix ans après, Vilnius reste un sujet extrêmement sensible dans l’opinion, ravivé par le suicide de son ex-compagne Kristina Rady en 2010. Selon un sondage BVA-Le Parisien-Aujourd’hui en France publié samedi, plus de trois Français sur quatre qui connaissent Bertrand Cantat en ont une mauvaise opinion, mais ils sont quand même près de six sur dix à trouver normal qu’il puisse reprendre sa carrière après avoir purgé sa peine.

 

Interrogée sur BFM, la ministre française de la Culture, Aurélie Filippetti, a tenu à éviter toute polémique, estimant que le chanteur « a purgé sa peine, bien que son geste soit gravissime ». Ce qui n’est pas l’avis de Rudy Salles, député UDI des Alpes-Maritimes et adjoint de Christian Estrosi à la mairie de Nice. « L’assassin de Marie Trintignant sort un disque. Je recommande aux journalistes la décence de ne lui faire aucune publicité. »

 

 

Avec Le Monde

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