Concerts classiques - Immense Bruckner

Petite remarque liminaire à ce compte-rendu: ce concert sera redonné samedi soir, avec, en pièce d’ouverture, une création de Nicolas Gilbert. Étrange idée de réserver une création mondiale québécoise à une moitié d’auditoire. En quoi n’étions-nous pas dignes de l’entendre? De plus, les chroniqueurs musicaux, présents jeudi soir, seront occupé à l’opéra samedi et ladite création se fera dans l’anonymat le plus absolu!

 

Donc, hier, nous entendions Mozart et Bruckner uniquement. Un concert de très haute tenue. Dès l’ouverture de La Flûte enchantée, le ton était donné: travail notable sur la couleur et l’attaque des cuivres, scansion optimale. Dommage que la netteté de la timbale, frappé par des baguettes très sèches, se perdait dans une sorte de halo acoustique.

 

James Ehnes, qui vient d’enregistrer Chostakovitch et Britten, est revenu à Mozart avec un grand bonheur. De ce 5e Concerto pour violon on retient la souplesse et le fin dosage des répliques de l’orchestre (les pianissimos de l’Adagio), en une sorte de conversation à mots couverts, illuminée par un jeu soliste d’une grande élégance. Le temps fort fut indubitablement le Finale et notamment le passage central, turc, un Allegro empoigné par Ehnes avec un tonus salutaire.

 

Mais le grand choc nous attendait après la pause. Kent Nagano avait abandonné la version originale de la 3e de Bruckner, qu’il a enregistrée, pour la mouture finale de 1889. Brucknérien imprévisible, fluide et chantant lorsqu’il dirige la 7e Symphonie, mais figé, intimidant et marmoréen lorsqu’il approche la Neuvième, Kent Nagano a littérablement empoigné la Troisième avec une puissance, une tenue et une fulgurance contagieuses, malgré la difficulté d’écoute de l’oeuvre, qui a l’air, aux oreilles d’auditeurs non avertis, d’une succession de coïts musicaux interrompus.

 

Kent Nagano, qui prend le pari d’opposer sur scène violons I et II, a quasiment tout juste dans cette oeuvre, les seuls choix marginalement discutables étant la constance absolue de tempo entre le Scherzo et le Trio ainsi que l’approche un peu timorée des accélérations finales des volets I et IV. Mais pour le reste, quelle ferveur et quelle intelligence d’émission des cuivres, qui ne sautillent ou ne claquent jamais; quel engagement dans les violons et quelle jugeotte dans le choix de tempos fluides (cf. 2e thème du 4e volet) qui ne perdent rien en cinétique lorsque les nuances se font piano ou pianissimo.

 

Grande interprétation et grand moment brucknérien.

1 commentaire
  • Julien Bilodeau - Abonné 20 septembre 2013 00 h 55

    Les amoureux

    Nous sommes digne de l'entendre ! Mais, vous savez, il faut aussi être dans l'air du temps. Zip la chaîne culturel...et hop! pogo mayo relish moutarde pop, exit l'opéra, on se parle tu-te-toi en onde, ICI il est midi, là-bas en syrie ça chie, ICI la circulation est ..... ICI il va pleuvoir demain.....hon, va falloir que je m'habille en conséquence..merci État chéri, tu veilles sur moi quand ça compte !
    Tiens, ça me rappelle cette mémorable soirée inaugurale. Vous souvenez-vous de ce que l'on y a diffusé, à l'extérieur, pendant la première partie, avant que jongleurs et poètes n'ensevelissent Beethoven ?

    L'émission jazzy cool d'espace musique !
    Heille, j'aime le jazz, ça n'a rien à voir avec le jazz, capiche ?

    Les poètes aussi là...va pas dire que je suis un anti jongleur de la langue là.

    C'est... comment dire ? Tant qu'il y a la possibilité d'être petit, plus petit, toujours plus petit, minus, infime particule indifférenciée...
    Et con aussi, bête, inculte, ignare. C'est bon ça pour contrôler les masses parce que ça prend pu grand chose pour leur faire peur ! La peur et la liberté individuelle, c'est pas beau un peu ça ?

    Beau ti-couple je trouve.