La douce folie métaphorique de Klô Pelgag

Klô Pelgag : « Je ne crois pas que quelqu’un qui est descriptif dans son écriture est plus honnête, ou plus vrai. Je trouve que c’est une très fausse définition de l’authenticité. »
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Klô Pelgag : « Je ne crois pas que quelqu’un qui est descriptif dans son écriture est plus honnête, ou plus vrai. Je trouve que c’est une très fausse définition de l’authenticité. »

Le premier degré, le récit clair et la mélodie sobre, très peu pour Klô Pelgag. Après avoir couru (et parfois gagné) les concours, la jeune pianiste offre son premier album complet, L’alchimie des monstres, rempli d’images fortes et inquiétantes livrées sur des airs un peu hyperactifs baignés de cordes. Rien de moins.

C’est donc une bulle assez unique et pleine de contrastes que celle de Klô Pelgag, de son vrai nom Chloé Pelletier-Gagnon, née à Sainte-Anne-des-Monts et aujourd’hui âgée de 23 ans. Sur une base de piano assez vivante et hop la vie, elle chante d’une voix légèrement voilée toutes sortes de mots évocateurs, d’images qui font des flammèches, où se côtoient maladie, violence et douleur. Du genre : « Le jour est noir comme la nuit, je m’oublie, je m’oublie/Mange mon coeur et prie/Pour que les abeilles sentent mon sang qui gèle/Changent ma mort en miel ».

Ça va, Klô ? Elle rigole, étonnamment timide, vu la musique qu’elle fait. « J’ai remarqué après analyse, en en parlant, que j’aime les thèmes qui ont une certaine violence, parce que ça me frappe, ç’a quelque chose de super direct, de franc. Qui est universel, aussi. Tout le monde a un corps, tout le monde peut concevoir ce que je dis. Et j’ai quand même un côté violent. »

Ce qui charme et qui peut tout autant déranger, c’est le voile qu’elle dresse devant les intentions initiales des chansons. Une personne morte ? Une peine d’amour ? Une petite défaite ? Il faut décoder, ou en tout cas s’attarder. « Je ne suis pas vraiment dans le direct, dans la vie, j’aime prendre des perspectives différentes», explique celle qui admire Claude Gauvreau, spécialement son Beauté baroque. «Toutes ces chansons-là, qui ont peut-être l’air absurdes ou surréalistes pour certains, partent d’un sentiment réel, et d’un état d’âme réel. J’ai toujours transformé la réalité en ma fiction. »

 

Envolées et surprises

Klô Pelgag joue donc avec tout ça, jongle, mais de manière très naturelle. Au fil de la discussion, on comprend que la pianiste ne tente pas ainsi de se protéger, mais plutôt d’être fidèle à sa vision du monde. « Je ne crois pas que quelqu’un qui est descriptif dans son écriture est plus honnête, ou plus vrai. Je trouve que c’est une très fausse définition de l’authenticité qui est beaucoup propagée de nos jours. Je pense que la façon d’être le plus authentique, c’est de trouver sa propre manière de s’exprimer. Et moi je l’ai trouvée, parce que quand je le fais, ça me fait du bien. »

L’alchimie des monstres, c’est aussi un peu une affaire de famille pour Klô Pelgag, qui a travaillé avec son frère Mathieu pour les arrangements et les nombreuses orchestrations. On y retrouve beaucoup de cordes, mais aussi, sur certaines plages, du hautbois, du cor, du trombone.

« Je pense que ça donne une couleur propre aussi. Mon frère, il est quand même très doué, les arrangements sont riches… On voulait des passages à la Melody Nelson, où il y a des moments où le beat est régulier, puis tout à coup, il y a un coup de cordes qui provoque un peu », explique-t-elle en mimant avec ses mains.

Une douce provocation, donc. C’est un peu la même impression que l’on a avec ses mélodies, où les notes bougent énormément. « J’aime les choses qui évoluent vite. Quand j’étais ado, j’écoutais beaucoup de rock progressif, j’adorais Gentle Giant, où tout change tout le temps. Je ne pense pas faire la même chose, mais j’aime quand il y a une évolution dans la musique, quand c’est surprenant. »

Et les graines semées l’année dernière, lors de différents spectacles-vitrines, semblent avoir bien poussé, car Klô Pelgag a un horaire chargé au cours des prochains mois. Elle ira même en Europe où il est prévu que le disque sera lancé. « Mon but, c’est pas que je marche dans la rue et que les gens s’évanouissent et me lance des fleurs au passage, je veux juste faire de la musique, et sublimer ce que je suis, ce que je peux faire, devenir une meilleure personne. Et j’aimerais aussi me ramasser avec le plus beau public, des gens qui ont une étincelle dans les yeux, des gens qui veulent des surprises, des gens le fun. » Ça vous intéresse ?


L’alchimie des monstres

Klô Pelgag, Abuzive Muzik
En magasin le 24 septembre