Festival international de la chanson de Granby - Garoche ta sacoche a sauvé la soirée

Les filles de Garoche ta sacoche
Photo: Bertrand Duhamel FICG Les filles de Garoche ta sacoche

Garoche ta sacoche. C’est ainsi qu’elles se font appeler. Elles ont remporté la finale à Granby samedi soir. À elles l’évidente préférence des quelque 100 recruteurs, programmateurs, artistes, agents et représentants des médias (on vote tous quand on va à Granby), à elles l’enthousiasme patent et sonore du chic Palace au grand complet, à elles les 60 000 $ au cumul des prix, à elles une victoire qui avait tout du… soulagement.

 

Il faut dire qu’elles sont passées à la toute fin, Cynthia Veilleux et Sonia Brochet : on ne savait pas à quel point on l’attendait, leur duo de « folk insolite » (dixit les filles). On savait seulement que tout avait été plus ou moins moyen, plus ou moins pas si mal, honnête et sincère tout au plus, jusque-là. Sans se le dire, on se demandait bien si c’était le lot de cette 45e édition du grand concours de chanson : une année honnête. Ça ne peut pas être Pierre Lapointe ou Lisa LeBlanc tous les ans, fatalement ! Et pourtant, chez ces deux filles atypiques (l’une toute petite, l’autre très grande, les deux étonnantes, épatantes, marrantes) se trouvait l’émoi, la différence vraiment différente, l’originalité cultivée en pot : elles se décrivent comme « un mélange entre les soeurs McGarrigle et les Denis Drolet » et elles n’ont pas tort.

 

J’en veux pour preuve cette chanson à propos d’une tricoteuse, Madelaine (avec deux a) : « Elle manque de chaleur humaine/Elle s’fait des centaines de bas de laine ». Ce ton-là. De la comédie humaine, à deux voix, deux guitares, un esprit, de la sensibilité. Cynthia, je tiens à le mentionner, a fait l’École nationale de la chanson de Granby, comme Damien Robitaille, Salomé Leclerc, Lisa. Il y avait deux autres diplômés de l’École en lice, Raphaël Butler et Sarah Cochrane, sans doute les meilleurs deuxièmes des six artistes de cette finale. Certes, Butler avait-il les mélodies un peu télégraphiées et une force tranquille trop tranquille (tel un Roy Dupuis qui chanterait), et il manquait à Cochrane - assez émouvante par moments - un grain de folie dans l’engrenage, mais encore une fois, Granby-le-concours se sera nourri de Granby-l’école.

 

Des réserves

 

Et les autres ? Sincères. Des qualités. De grosses réserves. Mathieu Rancourt devrait faire de la boîte à chansons : sympa, peut faire rire, n’a pas les chansons qu’il faut pour souhaiter plus. Éric Charland fabrique de la jolie pop un brin folk, pas désagréable, plutôt artificielle. Fera mieux, sans doute. Et Dave Puhacz ? Ce rock pataud de grand poseur à profil d’aigle, pas capable en peinture. Future première partie d’Éric Lapointe ? Ça se peut. Si ça arrive, tant mieux pour le fils d’Acadie. Je serai ailleurs, sans doute en train d’applaudir (et aimer, je les aime déjà) les filles de Garoche ta sacoche.

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