Dix pianos pour une rhapsodie

Lorraine Desmarais dirigera les neuf pianistes dans la Rhapsody in Blue, de Gershwin.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Lorraine Desmarais dirigera les neuf pianistes dans la Rhapsody in Blue, de Gershwin.

Sur les pavés, la musique. Poursuivant sa folle cavale de démocratisation de la musique classique, l’Orchestre symphonique de Montréal (OSM) investit à nouveau l’esplanade du Parc olympique le temps d’un concert gratuit ce mercredi soir. En guise d’apothéose finale, pas moins de dix pianistes accompagneront l’orchestre pour revisiter la fameuse Rhapsody in Blue de George Gershwin.

 

« Ça sera une première ! lance la pianiste réputée Lorraine Desmarais, qui dirigera les neuf autres - Marika Bournaki, Jimmy Brière, Olga Gross, David Jalbert, Julie Lamontagne, Xiaoyu Liu, Justine Pelletier, Wonny Song et Marianne Trudel. C’est la crème des pianistes montréalais qui seront réunis. » Et pour les musiciens eux-mêmes, l’expérience de partager la même scène avec leurs collègues est inédite.

 

C’est le maestro Kent Nagano qui a eu l’idée de décupler ainsi la charge pianistique de la Rhapsody. Blair Thompson a réarrangé la partition de piano pour l’occasion en gardant intacte la portion orchestrale de 1942 de Ferde Grofé - celle que tout le monde connaît. On n’aura malheureusement pas droit à la majestueuse présence de 10 pianos à queue. Pour des raisons d’espace (90 musiciens sur scène) et pour assurer le tour de force technique, il s’agira de pianos électriques amplifiés « mais qui ont des touches de pianos acoustiques », précise la musicienne et compositrice.

 

« L’arrangement de Blair est plein de défis, poursuit celle qui récoltait en février dernier le prix Opus d’interprète de l’année. Il a brodé autour de la partition originale et m’a gâtée en me laissant des solos. »

 

Si l’expérience à 10 est sans précédent - surpassée seulement par l’interprétation à 84pianos (!) pour l’ouverture des Jeux olympiques de Los Angeles en 1984 -, l’oeuvre phare de Gershwin commence à entrer dans la peau de la pianiste québécoise, qui l’a jouée maintes fois depuis sa première prestation avec l’OSM, en 2002.

 

« Je l’avais presque totalement improvisée jazz comme l’avait fait Gershwin lors de la première en 1924 à New York avec le jazz band de Paul Whiteman », se souvient-elle. Le compositeur américain n’avait écrit la partition de piano qu’après le concert inaugural, au cours duquel le chef d’orchestre devait attendre ses signes pour relancer les musiciens. La version pour grand orchestre est venue plus tard, sous la gouverne de Grofé.

 

Lorraine Desmarais rêvait d’en livrer sa propre lecture jazz, après l’écoute de celle, en mode jazz band, de l’Américain Marcus Roberts. « On a tellement entendu la Rhapsody par de magnifiques pianistes classiques ! Je me disais : “Il faut que j’essaye ça.” », raconte la musicienne et compositrice, qui a d’ailleurs remporté le prix Oscar Peterson décerné par le Festival international de jazz de Montréal pour cette interprétation libre.

 

Lors du concert du Parc olympique, deux autres pianistes jazz, Julie Lamontagne et Marianne Trudel, y mettront aussi leur touche improvisée. Pour le reste, la petite bande devra se tenir les coudes - les doigts et les oreilles - serrés.

 

« Ça nous fait plus jouer comme un ensemble, même s’il y a toute la trame soliste, dit-elle. On devient des éléments d’orchestre, alors il faut vraiment s’écouter tous les dix pour donner un son homogène. Il faut penser oeuvre, on n’a pas autant l’esprit soliste. »

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