Arthur H: laisser couler, laisser monter

Arthur H
Photo: Source: Emmapic Arthur H

Il était dimanche aux Îles-de-la-Madeleine, plus ou moins complètement nu au soleil, avec les vagues, un grand ciel bleu, le vent. Arthur H était bien. Et 24 heures plus tard, un gros bang: Laval. Son air vaguement éberlué montrait qu'il ne s'était pas complètement remis du choc.
 

Poursuivant une mini-tournée québécoise qui s'arrête ce mardi à Québec, Arthur H présentait lundi soir son spectacle piano solo à la salle André-Mathieu. Ou plus précisément à la scène André-Mathieu. Car vu des ventes de billets timides — environ 200 personnes —, tout le public prenait place sur la scène transformée en un simili-cabaret sec (lire: pas le droit de boire). De grands rideaux noirs fermaient la salle derrière. On aime toujours mieux un verre à moitié plein qu'à moitié vide.

Un théâtre de l'intime pour un spectacle bâti dans le même moule, au fond. Pourquoi pas. Sauf qu'on ne crée pas spontanément une ambiance cabaret dans un faux cabaret. Et Arthur H a dû puiser au fond de ses ressources pour insuffler un peu de vie à un public certes attentif, mais pas particulièrement démonstratif. «Laisse couler, laisse monter», dit le refrain de Give Me Up. Dont acte.

Pour ceux qui ont plongé sans retenue dans le fécond univers poétique du chanteur, ce fut délicieux. La fatigue rapportée de son séjour aux Îles n'avait rendu son humour pimenté d'absurde que légèrement plus décalé (c'est donc dire beaucoup). Soulignant le choc de débarquer à Laval après son aventure semi-nudiste de madelinot, il a comparé la banlieue à une Bagdad d'avant la guerre, quelque chose comme un grand symbole de civilisation moyenâgeuse. Interprétation libre.

Mais délicieux, disions-nous, parce que la formule du piano solo permet de ramener chaque chanson à son essence même — dans le cas d'Arthur H, autant de pépites rares. Sans être un virtuose du piano,  Arthur H possède l'immense qualité du groove intrinsèque. Loin d'un Richard Desjardins qui déploie ses mélodies notes par notes, H est tout dans le rythme et le jeu percussif. C'est franc, c'est rond, il y a de la vie dans les marteaux.

Dans ce format, les textes explosent de saveurs et de couleurs. Le Luna Park, la dernière nuit à New York City, l'abondance des «milliards de lucioles dans ton crâne de cristal», le cool jazz qui donne des frissons, le sculpteur aveugle, la vie qui est comme du chocolat ou une vache qui rit, autant de vignettes éclatées au grand potentiel évocateur. Poésie pleine de lumière, chaude, contrastée, texturée comme la voix du chanteur. On laisse couler, on laisse monter, on savoure. Même dans une salle à moitié vide, transformée en demi-salle pleine.








 

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