Festival Glimmerglass - Wagner et Verdi à l’honneur

Nadine Sierra, Anthony Roth Costanzo et les danseuses du Young Artists Program de Glimmerglass dans le Stabat Mater de Pergolèse sur une chorégraphie de Jessica Lang.
Photo: Karli Cadel/The Glimmerglass Festival Nadine Sierra, Anthony Roth Costanzo et les danseuses du Young Artists Program de Glimmerglass dans le Stabat Mater de Pergolèse sur une chorégraphie de Jessica Lang.

Depuis trois ans qu’elle dirige le Festival de Glimmerglass à Cooperstown (État de New York), Francesca Zambello introduit constamment des innovations. Cette année, une place nouvelle faite à la danse nous a valu un Stabat Mater de Pergolèse inattendu et d’une rare intensité. La chorégraphie de Jessica Lang, qui inclut aussi les mouvements des deux chanteurs, donne à voir avec délicatesse la souffrance de la Vierge, admirablement servie par Nadine Sierra et le haute-contre Anthony Roth Costanzo qui s’est illustré au Metropolitan Opera et dont on se souviendra longtemps.

 

Dommage qu’après ce coup d’envoi bouleversant, le Pergolèse ait été suivi d’une oeuvre de David Lang inspirée d’un conte d’Andersen, dont le minimalisme insipide n’a réussi, en fait de « passion », qu’à engendrer la souffrance et l’ennui des spectateurs. La mise en scène de Zambello n’a pas sauvé l’opéra américaincontemporain inscrit au programme de cette année.

 

En retirant le mot « opéra » de la dénomination du Festival, Zambello voulait permettre de revaloriser les musicals de Broadway comme élément important de la culture américaine. Avec Camelot, de Frederick Loewe, inspiré de la légende du roi Arthur, la directrice n’a pas manqué son coup, même si cette comédie musicale est traversée de désespérantes facilités. Bien connue du public américain depuis 1960, elle a ravi celui de Glimmerglass qui a réservé une ovation à David Pittsinger (Arthur). Camelot affiche complet jusqu’à la fin du festival.

 

Glimmerglass 2013 était aussi l’occasion de souligner le bicentenaire des naissances de Verdi et de Wagner. Là aussi, pari tenu dans des styles bien différents. On peut certes regretter la programmation d’une oeuvre de jeunesse atypique de Verdi, encore sous l’influence de Rossini. Mais chanté en anglais, servi par une mise en scène dynamique et drôle de Christian Räth, défendu avec brio par Ginger Costa-Jackson, une mezzo- soprano habituée du Met, Un giorno di regno a constitué un remarquable divertissement de haute tenue théâtrale et musicale. Ont grandement contribué à son succès, la présence de brillants chanteurs du Young Artists Program, triés sur le volet, et la direction précise et enlevante du nouveau directeur musical du Festival, Joseph Colaneri.

 

La prestation de l’orchestre, dans Le vaisseau fantôme de Wagner, dirigé par John Keenan, n’était pas la meilleure de la saison 2013. D’une part, une fois encore, on n’entend que trop la faiblesse des cordes lorsqu’elles sont à découvert, notamment dans l’ouverture. D’autre part, la petite fosse de Glimmerglass ne permet pas de placer adéquatement les cuivres qui écrasent les 24 violons d’un ensemble de seulement 48 musiciens. Malgré cela, cette production est un chef-d’oeuvre, notamment grâce à la mise en scène inventive de Zambello. Elle fait de Senta, superbement incarnée par Melody Moore, un personnage psychotique, taraudé par les contradictions du désir et renouvelle ainsi la compréhension de l’ouvrage. La voix parfois acide de Jay Hunter Morris (Erick), ténor héroïque souvent engagé au Met, justifie l’éloignement de Senta. Ryan McKinny n’a pas toujours su traduire la dimension tragique du Hollandais. Mais en le faisant évoluer dans une sorte de grillage où évoluent les femmes qui l’ont trahi et où l’âme de Senta le rejoint pour le sauver, Zambello a trouvé une solution convaincante à la difficile réalisation scénique de l’apothéose finale.

 

Le week-end s’est terminé par un événement unique dans cette saison : un hommage à Wagner où se sont illustrés, là encore, plusieurs membres du Young Artists Program et tout particulièrement Clay Hilley dans le rôle de Siegmund, mais surtout Lise Lindstrom, éminente wagnérienne habituée des grandes scènes européennes et remarquablement accompagnée par Michael Heaston. À l’évidence, avec le Pergolèse, le sommet musical de ces trois journées. Le public a réservé un accueil enthousiaste à des airs de La Walkyrie, de Tannhäuser, de Lohengrin et de Tristan. Oh ! la superbe mort d’Isolde…

 

 

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