Gaspé métissé

Mélissa Lavergne, Marco Calliari, Luck Mervil, Normand Brathwaite, Yves Lambert et Joël Ferron; presque tous les porte-parole des années antérieures réunis sur scène.
Photo: Fanny Lambert Mélissa Lavergne, Marco Calliari, Luck Mervil, Normand Brathwaite, Yves Lambert et Joël Ferron; presque tous les porte-parole des années antérieures réunis sur scène.

Depuis jeudi soir, un fort courant a traversé Gaspé, alors que la ville célébrait le dixième anniversaire du festival Musique du bout du monde. Si la vague s’est faite plus discrète au début, le déferlement s’est fait sentir par la suite. Après une soirée sur le thème de l’Acadie-Louisiane, ce fut le feu latin du vendredi, les grandes retrouvailles le lendemain et toute cette animation extérieure jusqu’à dimanche soir.

 

Vendredi 18 h au bout de la rue de la Reine. D’un côté, les montagnes de la baie de Gaspé se perdent dans la brume ; de l’autre, les maisons de bois très colorées et les petits commerces sympas. Une pluie fine qui tombe, quelques ballons qui s’envolent comme des cerfs-volants et un tambour qui résonne au loin. L’onde musicale se rapproche, on bat la samba, et certains artistes sont masqués ou perchés sur des échasses. Les percussionnistes apparaissent, suivis des poupées géantes. Une femme dit qu’elles sont créées par les enfants pendant qu’un accordéoniste annonce l’arrivée de petits chars allégoriques. L’ambiance est bon enfant : Frédéric Sainte-Croix, le président du festival, pousse l’un d’eux, alors que Normand Brathwaite, Damien Robitaille et Luck Mervil arborent des chapeaux exotiques et saluent la foule. Arrive une fanfare avec des cuivres placés dans des sacs de plastique pour les protéger de Dame Nature, puis des danseuses et un chanteur avec un porte-voix. Le week-end est lancé !

 

La veille, Lisa LeBlanc avait partagé la scène du grand chapiteau avec Zachary Richard et échangé quelques pièces avec lui. Du mordant, celle-là. Et quelle façon d’intégrer le folk dans le trash ou le punk, et l’inverse ! Elle a l’art d’aller droit à l’essentiel, au touchant, au drôle, à la thérapie de groupe. En trio et parfois avec une violoniste, elle a offert plusieurs pièces de son disque et quelques nouvelles. Si l’accueil fut chaleureux, ce ne fut toutefois pas la grande exubérance des autres soirées.

 

De son côté, Zachary a livré plusieurs facettes de son art : de l’auteur-compositeur engagé au folkloriste capable de chauffer avec la batterie carrée à l’homme au fort groove louisianais, cajun surtout, mais avec ce fond de swing créole. Au début, ça n’allait pas. Il semblait excédé par des problèmes avec le retour du son de sa guitare. Puis les choses se sont replacées, le party a levé et Zachary a remis ça à la fin avec Émile, son petit-fils avec qui il va lancer un disque en octobre.

 

On n’avait encore rien vu. Vendredi soir, ce fut la folle frénésie, alors que cette foule sublime a fait le spectacle à elle seule, aidée par Heavy Soundz, qui a offert tout un réchauffement avec ses cinq chanteurs MC et ses cinq musiciens : du mouvement sur la scène, de la cumbia rapide, du rap latino lyrique, emporté ou très musical, des coups de ragga, de la pulsion funk ska et de la salsa brûlante. La table était mise pour les Barcelonais de Che Sudaka.

 

Ils ont débarqué dans la péninsule sans une partie de leur équipement laissée à bord des avions. Mais cela n’a fait qu’ajouter à l’urgence du moment. Ils ont chanté, dansé, sauté, fait presque coucher les gens, avant de les faire sauter au plafond. Moins rap qu’Heavy Soundz, ils ont tout de la cumbia, du reggae, du nuevo latino, du trad colombien, de la chanson plus hard et de la révolution des sans-papiers par la fête torride. Après le rappel, ils n’arrêtaient plus d’étirer le plaisir.

 

Comme si ce n’était pas assez, le point culminant de ce dixième anniversaire est arrivé samedi soir, alors que l’animateur Normand Brathwaite, très généreux tout au long du festival, a regroupé presque tous les porte-parole des années antérieures sous la direction musicale de la percussionniste Mélissa Lavergne. Beaucoup plus qu’un amoncellement d’artistes, ce fut une véritable célébration. Voir Yves Lambert réuni au Vent du Nord, Damien Robitaille aux pas latinos, Daniel Boucher ondulant avec Lynda Thalie, Luck Mervil faisant chanter la foule en créole et Marco Calliari poussant un Mega Chao pour la Bella avec Peppe Voltarelli, avait de quoi rassurer sur l’avenir du genre humain. Même les discours et cette finale en hommage à la Compagnie créole paraissaient allumés, c’est tout dire.

 

Quoi d’autre ? La sage folie de Paul Kunigis, la canicule tropicale de Masala, l’électro swing contagieux du Speakeasy et surtout cette ville si accueillante.

 

 

Yves Bernard était l’invité du festival Musique du bout du monde.

1 commentaire
  • Suzanne - Inscrite 12 août 2013 22 h 15

    Gaspé, on adore! Quel endroit magnifique aux couchers de soleil multicolores et à l'accueil généreux !!!