Musique classique - Hommages à Colin Davis

Le chef anglais Colin Davis
Photo: Associated Press Le chef anglais Colin Davis

Au moment de la mort de Colin Davis, Universal avait déjà préparé le coffret hommage et défini son visuel ! Ces témoignages des « Années Philips » sont édités sur étiquette Decca, puisque Universal a perdu le droit d’usage de la marque Philips dans le domaine de l’édition phonographique.

 

Le coffret n’est, hélas, pas du tout au niveau de la photo d’archives qui l’orne et laisse fallacieusement supposer, enfin, le retour de raretés des années 1970, tels des Beethoven avec l’Orchestre de la BBC (notamment une suprême 2e Symphonie, jamais rééditée en CD). L’intérieur est un véritable fatras, avec des choses qu’aucun admirateur de Davis ne possède déjà (la Fantastique ou le Requiem de Berlioz, les Bartók avec Kovacevich, une miette de Sibelius à Boston et trois des Londoniennes de Haydn à Amsterdam). La chose est sauvée par quelques raretés, comme la 40e Symphonie de Mozart de 1961, c’est-à-dire exactement ce qu’on s’attendait à trouver dans un coffret vintage.

 

Les 15 CD balaient certes honorablement le répertoire du chef, mais certaines décisions artistiques sont étranges, par exemple l’inclusion du Chant de la terre de Mahler avec Jon Vickers et Jessye Norman, rare, certes, mais justement parce qu’il méritait l’oubli. On ajoutera aux déceptions diverses le fait que les pochettes des microsillons d’origine ne sont pas reproduites. Il y avait tant à redécouvrir…

 

Ce travail de mémoire est exactement rempli par un coffret paru au tournant de l’année 2013, donc du vivant du chef. Dans sa série Icon, EMI a rassemblé les premiers disques de Colin Davis qui, avant d’enregistrer pour Philips, avait été repéré par le Philharmonia et le fameux producteur Walter Legge. C’est en 1959 que la carrière de Davis, 32 ans, prit un envol impressionnant. Il remplaça Klemperer dans Don Giovanni en octobre, mais ses premiers disques dataient de six mois auparavant pour l’étiquette World Record Club, qui appartient aujourd’hui à EMI. Entre 1959 et 1963, Colin Davis grava des interprétations félines, transparentes et énergiques, aujourd’hui largement oubliées. Symphoniesnos 29, 34 et 39 de Mozart, 7e de Beethoven, ouvertures de Rossini, Harold en Italie de Berlioz (déjà !) et Oedipux Rex de Stravinski balisent ces premiers sentiers. Intéressante découverte d’un talent brut.

 

Le Colin Davis que documente le label allemand Profil est très différent. Profil a signé un contrat avec la vénérable Staatskapelle de Dresde pour publier des enregistrements de concert. Davis ayant été un chef éminent de ce grand orchestre, nous trouvons des documents qui s’échelonnent entre 1988 et 2003. Même représentativité que chez Philips (1re Symphonie d’Elgar, Requiem et ouvertures de Berlioz, symphonies de Mendelssohn (3e et 5e), Sibelius (2e, En Saga, Luonnotar), Brahms (3e) et Schubert (Inachevée) mais, cette fois, dans des captations de concerts rares, même si précédemment parues chez Profil. On a là un haut niveau d’ensemble et une image fidèle au « dernier Colin Davis » plus creusé, hédoniste et chaleureux.

 

Les toutes dernières parutions sont celles sur l’étiquette de « son » orchestre : le Symphonique de Londres. On peut oublier le second volet (Symphonies nos 2 et 3, décembre 2011) d’une intégrale Nielsen probablement à jamais inachevée. Le Freischütz de Weber (avril 2012) est très solide, mais sans vraie atmosphère ou couleur romantique germanique en raison d’une distribution internationale ad hoc. Je suis notamment allergique à l’Agathe épaisse de Christine Brewer.

 

Le chant du cygne pourrait donc bien être un ultime Requiem de Berlioz capté en juin 2012 à la cathédrale St.Paul de Londres. Impeccable et implacable enregistrement testimonial pour qui supporte les atmosphères très réverbérées. On est ici dans un cas similaire à l’enregistrement de Leonard Bernstein aux Invalides, si éloquent qu’il aurait mérité une acoustique plus précise.

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