Musique classique - Lohengrin, «le chevalier au cygne»

Yannick Nézet-Séguin dirigera Lohengrin en version concert.
Photo: Marco Borggreve Yannick Nézet-Séguin dirigera Lohengrin en version concert.

En programmant Lohengrin, en version concert, dimanche à 17 h, le Festival de Lanaudière rend un fier hommage à Richard Wagner. Et même si Deborah Voigt sera finalement remplacée par Jane Henschel dans le rôle d’Ortrud, la présence de Yannick Nézet-Séguin sera suffisante pour attirer l’attention et un nombreux public.

 

Lohengrin (1850) est l’opéra qui ouvre la voie, une oeuvre charnière entre Tannhäuser et le Ring. On y trouve, comme souvent chez Wagner, des sources médiévales, qui remontent ici au XIIe siècle. Une époque qui alimente aussi Tristan et Isolde et Parsifal. D’ailleurs, à l’image du poème médiéval Parzival de Wolfram von Eschenbach, Lohengrin est le fils de Parsifal. Mais, avant cela, Lohengrin est surtout connu comme « le chevalier au cygne », curieux attelage dont il convient de narrer l’histoire.

 

La femme et le secret

 

Au Xe siècle, Henri l’Oiseleur, roi de la Germanie, réunit les nobles du pays de Brabant en leur racontant les périls qui menacent le royaume. Le Brabant est sans leader. Friedrich de Telramund explique pourquoi. Tuteur des deux enfants du roi, Gottfried et Elsa, il les a vus aller en forêt et Elsa revenir seule. Telramund pense qu’elle a tué son frère, la dénonce et réclame son héritage.

 

Elsa, elle, parle d’un songe : elle a vu en rêve un chevalier pur et vaillant. Le roi propose un combat entre Telramund et celui qui se désignera comme le défenseur d’Elsa. Et, miracle, un cygne apparaît, tirant une nacelle avec un chevalier - pur et vaillant, bien sûr - dedans. Le chevalier remercie l’oiseau pour sa diligence et annonce qu’il est venu défendre une jeune fille accusée à tort.

 

Elsa accepte sa protection et promet de l’épouser, mais elle ne devra lui demander ni qui il est ni d’où il vient. Le chevalier terrasse Telramund, mais lui épargne la vie. Ortrud, femme de Telramund, le hait quand même.

 

À l’acte 2, dans le château d’Anvers, on célèbre le chevalier. Le terme « on » exclut Ortrud et son mari. Ce dernier n’est pas content car il reproche à Ortrud de l’avoir poussé à accuser Elsa. Mais Ortrud n’a qu’une idée : trouver le nom de l’inconnu. Elle est persuadée que ses pouvoirs s’écrouleraient une fois son secret découvert. Seule Elsa pourrait recueillir de telles confidences. S’ensuit une série de tentatives d’Ortrud et de Telramund pour amadouer, effrayer ou semer le doute entre le chevalier et Elsa, ce qui n’empêche pas ces derniers de se marier, le chevalier devenant «Protecteur du Brabant».

 

Au dernier des trois actes, on entend la fameuse marche nuptiale. Seule avec le chevalier, Elsa résiste de moins en moins à la tentation de savoir. Au moment où elle se fait de plus en plus insistante, dans le genre subtil (« Qu’il est doux, mon nom qui s’échappe de tes lèvres ! Ne connaîtrai-je pas le doux son du tien ? »), Telramund entre (dans la chambre nuptiale !), ce qui ne plaît guère au chevalier, qui le tue et se retourne vers Elsa en disant : « Tout notre bonheur est enfui. » Aïe !

 

Devant le roi, le chevalier plaide la légitime défense et accuse sa femme d’avoir trahi sa promesse de ne pas lui demander son nom. Il déclare alors (dans le sublime air In fernem Land) qu’il vient d’une contrée lointaine où se trouve un château appelé Montsalvat, qui abrite le saint Graal. Investi de pouvoir, le chevalier est invincible s’il reste inconnu. Et c’est la révélation : « Par le Graal je fus envoyé à vous. Mon père Parsifal en porte la couronne. Son chevalier je suis et j’ai nom Lohengrin. » À ces mots, Elsa s’écroule, le cygne réapparaît (Lohengrin entonne le fameux Mein lieber Schwan), Ortrud annonce qu’elle avait jadis transformé Gottfried en cygne, mais qu’il reviendra à sa forme humaine. Aussitôt dit, aussitôt fait. Lohengrin troque un cygne pour une colombe, Gottfried apparaît et Elsa meurt.

 

Lohengrin vu par…

 

Comme le résume bien Piotr Kaminski : « Le vrai drame se joue entre les deux couples et a pour enjeu l’âme d’Elsa. […] » Reste à déterminer le sens de la métaphore…

 

« Même le célèbre maestro Verdi n’a pas craint de puiser chez Wagner quand il s’agissait de dépeindre les dernières souffrances de la mourante Traviata. L’effet réside dans l’utilisation des cordes à des registres élevés. » C’est en ces mots que Tchaïkovski fait une analogie entre Traviata et le prélude de Lohengrin, « création la plus inspirée de Wagner, qui nous emmène dans le royaume de la lumière, de la vérité et de la beauté, d’où Lohengrin descend pour sauver la belle Elsa ».

 

« Ortrud est une femme qui ne connaît pas l’amour. Cela décrit tout ; le plus terrifiant. » C’est ainsi que Wagner caractérisait Ortrud, être ancré dans un monde ancien et qui s’oppose violemment à la nouveauté. Parsifal est en filigrane…

 

Voici aussi Lohengrin vu par Nike Wagner, petite-fille du compositeur, que nous avons rencontrée en mars, à Berlin, lors du symposium La musique après Wagner et Weill : « C’est un des opéras les plus importants de Wagner, car la technique du leitmotiv est là, mais pas encore achevée. C’est aussi assurément l’opéra le plus noir de Wagner. Tous les êtres sont anéantis. Le sauveur apparaît, mais à des conditions intenables. On ne peut pas empêcher une femme de demander qui on est. L’enchaînement des conflits, le concept dramaturgique, est agencé de manière géniale. Et ensuite il y a ce prélude… Il y a l’artiste incompris dans Lohengrin, mais aussi la concomitance avec la révolution de 1848. »

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