Osheaga - ​Beck au sommet

Artiste insaisissable, enfant de l'époque de l'éclatement des styles, Beck a offert à Montréal une prestation excitante, faite de texture et de lumière.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Artiste insaisissable, enfant de l'époque de l'éclatement des styles, Beck a offert à Montréal une prestation excitante, faite de texture et de lumière.
Beck montait sur scène samedi soir à Osheaga, prouvant qu'il a toujours la pêche après 20 ans de carrière. Avec des allures de jeune Dylan en habits du dimanche, l'artiste blues-rock-folk-hip-hop a réchauffé une froide soirée de pluie, en conclusion de la seconde journée du festival.

Le canon californien est entré en scène avec une vingtaine de minutes en retard. Ce genre d'«écart de conduite» sera vite pardonné au son d'une entrée en matière faite du tube Devil's Haircut — l'attente n'aura qu'accru l'appétit des admirateurs. L'artiste multistyle de Los Angeles a habité la scène en faisant état de ses talents divers pendant une heure et demie. De l'harmonica à la guitare et l'impro dansée, Beck peut tout faire.

On dit que les promoteurs d'Osheaga ont invité Beck au parc Jean-Drapeau à plusieurs reprises au cours des années, se butant à des refus. Cette année, coup de chance pour les fans. Une joie sans doute aussi pour evenko, qui a tiré profit du spectacle de samedi soir. Beck a marqué une génération, la X, qui reprenait son droit sur le monopole exercé par les Y (ou même Z) depuis deux jours sur le site.

M. Hansen, flanqué de musiciens de grand talent, a illuminé la scène d'une énergie étonnante. Entre les poids lourds de ses récents albums, Beck ironisait, interpellait la foule, louangeait l'enthousiasme du public montréalais. « Au début, on faisait des tournées et personne ne bougeait, personne ne dansait, sauf à Montréal! », s'est-il rappelé. Au fil des chansons, les plus frileux spectateurs quittaient toutefois le parterre, peut-être démoralisés par la pluie.

Tout est permis

La grande silhouette du chanteur, en costume impeccable et chapeau noir, ondulait avec style lors d'une reprise de Billie Jean, de Michael Jackson, révélant son passé de «breaker». La pièce a semblé plaire aux musiciens autant qu'au public. Il s'agissait de l'une des quelques reprises de la soirée. On a aussi eu droit à une version de Tainted Love, qui s'est muée en Modern Guilt. La scène est pour Beck et ses comparses un terrain de jeu où tout est permis, même l'improvisation.

La révélation est survenue à mi-parcours, quand le groupe a entamé Loser, hymne de l'alternatif des années 1990. Le chanteur s'était entouré d'un joueur de cithare, idée audacieuse qui a donné au tube une nouvelle texture sonore.

En seconde moitié du spectacle, le blondinet a joué quelques ballades. Rappelant sa collaboration à la bande sonore du film Eternal Sunshine of the Spotless Mind avec Everybody's Gotta Learn Sometimes, l'artiste aux milles projets a une fois de plus démontré sa polyvalence.

L'énergie électrique a atteint un faîte quand, en finale, Beck a entonné Where It's At, issu de l'album Odelay (1996), entrecoupé d'un slam à la fois bizarre et comique. Le public galvanisé aurait suivi le chanteur n'importe où dans ses pérégrinations sonores.

Éclectisme, spontanéité, sens de l'humour... Les qualités du multiinstrumentaliste de 43 ans se mariaient à la perfection au contexte. Éclairé par de magnifiques feux d'artifice visibles depuis l'île Sainte-Hélène, Beck aura démontré son sens du spectacle. Artiste insaisissable, enfant de l'époque de l'éclatement des styles, Beck a offert à Montréal une prestation excitante, faite de texture et de lumière.

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