Osheaga - Bain de foule et voyage temporel

The Cure: è la tête du groupe depuis les débuts, à la fin des années 1970, le légendaire Robert Smith n'a pas perdu sa fougue d'antan, malgré l'âge.
Photo: Annik MH de Carufel -Le Devoir The Cure: è la tête du groupe depuis les débuts, à la fin des années 1970, le légendaire Robert Smith n'a pas perdu sa fougue d'antan, malgré l'âge.

La première journée de la mouture 2013 du festival Osheaga s'est terminée entre souvenirs et relève. Retour sur les grosses pointures d'une soirée mouvementée, qui témoigne de l'importance commerciale de l'événement.

Le triomphe du Phoenix

À en juger par la masse entassée devant la scène de la montagne, hier soir, le groupe originaire de France (qui compose néanmoins en anglais) Phoenix était très attendu. Des milliers de personnes s'étaient déplacées pour venir entendre le rock aux accents pop que propose le groupe depuis treize ans. Presque impossible de trouver des places pour s'asseoir, ou même de circuler dans la foule. À 19 h 45, heure d'entrée du groupe sur scène, les dizaines de milliers de kids présents pour leurs succès favoris frôlent le délire.

Les Versaillais ont alterné leur plus ancien matériel, comme If I Ever Feel Better, à de nouvelles pièces de leur dernier album, Bankrupt!. Mais c'est quand le chanteur Thomas Mars a entonné les premiers vers de Lisztomania, pièce issue de l'album Wolfgang Amadeus Phoenix, que le public s'est montré le plus enthousiaste.

Il faut bien dire que les membres du groupe, et surtout son leader, ont donné aux fans de quoi célébrer. Généreux sur scène, Mars en est même sorti brièvement pour faire son tour dans la foule compacte, avec petit intermède de crowdsurfing. La lente tombée du jour permettait d'apprécier un travail impressionnant au niveau de l'éclairage de scène. La performance de Phoenix restera sans doute dans les mémoires comme un moment fort de cette première journée.

Place aux doux vieillards

Suivant la joyeuse bande de France, c'était au tour de la Grande-Bretagne (avec une délégation plutôt populeuse sur les scènes cette année, d'ailleurs) d'être représentée. Les demi-dieux du new wave The Cure remportent le titre de prestation nostalgie de la journée.

À la tête du groupe depuis les débuts, à la fin des années 1970, le légendaire Robert Smith n'a pas perdu sa fougue d'antan, malgré l'âge. On est pourtant en droit de se questionner sur le bien-fondé de conserver l'allure chevelure en épis + khôl noir étampé généreusement sur la paupière, à un âge aussi vénérable. Mais comme le dit le dicton, il faut rendre à Rockstar ce qui appartient à Rockstar, et l'humble équipe du Devoir serait bien à mal de se moquer d'un tel monument musical.

Sous les cris et les applaudissements fournis, Roger O'Donnell, Simon Gallup, Reeves Gabrels, Jason Cooper et Robert Smith ont ouvert le bal avec Plainsong, balade quasi épique. La foule, qui s'était un peu dispersée depuis la fin de Phoenix, a suivi avec émerveillement le groupe dans son voyage à travers des pièces pour connaisseurs, et quelques grands tubes. Friday I'm In Love a ainsi été accueillie avec ravissement par la foule, visiblement plus mince plus passaient les chansons. Les membres plus juvéniles du public se sont sans doute sentis moins concernés par ce retour au cœur des années 1980.

Pow-wow

La dure réalité des choix a frappé à mi-prestation. Il a fallu se détourner des vétérans du postpunk, si l'on voulait encore voir quelques nouveaux groupes prometteurs.

À 21 h 45, à la scène Piknic Électronik, les fanas de 120bpm et plus avaient rendez-vous avec A Tribe Called Red. Le collectif de Djs d'Ottawa connait un beau succès depuis quelques mois dans les cercles électro et hip-hop (voir notre entrevue publiée la semaine dernière). Entrainant dans un géant pow-wow endiablé la piste de danse très achalandée, le trio a fait honneur aux Premières Nations.

Même si les emprunts à l'univers contemporain du hip-hop ont semblé plus fréquents que les chants autochtones, qui font pourtant la renommée du groupe, le public en a eu pour sa peine. Les enchainements colorés d'A Tribe Called Red ont fait bouger les amateurs d'électro dès les premières notes. Dj NDN, Dj Shub et Bear Witness peuvent rentrer la tête haute. En espérant que la communion par le beat fera s'intéresser aux luttes autochtones une petite poignée des spectateurs.

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