On connaît bien leur chanson

Dans ce film qu’ils coscénarisent, Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui se sont offert de beaux rôles à leur image.
Photo: K-Films Amérique Dans ce film qu’ils coscénarisent, Jean-Pierre Bacri et Agnès Jaoui se sont offert de beaux rôles à leur image.

Ce qui frappe du tandem Agnès Jaoui et Jean-Pierre Bacri, c’est la somme des qualités qui s’entrechoquent. D’abord au théâtre (Cuisine et dépendances), ensuite au cinéma pour Alain Resnais (Smoking/No Smoking, On connaît la chanson) et finalement pour eux-mêmes (Le goût des autres, Parlez-moi de la pluie), on retient l’intelligence, de la culture, de l’ambition à tisser des intrigues complexes et un regard acidulé sur leurs contemporains.

 

Tout cela se retrouve en abondance dans Au bout du conte, une réalisation de Jaoui une fois de plus scénarisée à quatre mains avec Bacri, s’offrant ainsi de beaux rôles à leur image, elle un brin opaque et décalée, lui grognon à souhait. L’heure est de nouveau au film choral, à une galerie de personnages bavards aux liens parfois solides, parfois ténus, certains rêvant du grand amour tandis que d’autres s’accommodent du célibat à des degrés divers. Cette agitation typiquement française s’articule comme autant de contes de fées, de princesses et de méchants loups, chaque figure du film devenant le pâle reflet de ces archétypes chargés de nous faire apprivoiser la mort, ou de nourrir nos fantasmes amoureux.

 

La jeune et idéaliste Laura (Agathe Bonitzer) semble elle-même sortie d’une histoire de Charles Perrault tant elle apparaît fleur bleue, éprise de Sandro (Arthur Dupont, crédible même dans ses bégaiements), un jeune étudiant en musique, et cherchant refuge et conseils auprès de sa tante comédienne à la carrière vacillante (Agnès Jaoui). La famille de Sandro constitue également un amusant microcosme, dominé par un père distant et insensible (Jean-Pierre Bacri dans un air archiconnu), incapable de communiquer avec son fils, et encore moins d’endurer les deux jeunes enfants de sa nouvelle copine. L’équilibre de tout ce beau monde apparaît déjà précaire et la présence d’un esprit retors, en l’occurrence un critique musical du nom pas très subtil de Maxime Wolf (Benjamin Biolay), fissure les certitudes amoureuses de Laura.

 

Quelques fantaisies viennent rompre l’aspect réaliste de cette histoire à plusieurs voix, touches apportées par le directeur photo Lubomir Bakchev, qui capte toute la lumière possible d’un climat hivernal triste et gris. Plusieurs scènes débutent par des images dignes de tableaux impressionnistes, comme un rappel ludique que le discours de Jaoui-Bacri est tout à la fois une fable, un état des lieux et une tranche de vie parisienne qu’auraient pu concocter Sautet, Resnais, voire Rohmer (les personnages aiment s’emmêler dans des explications aussi étoffées que vaseuses).

 

Il y a bel et bien une manière Jaoui-Bacri, mais on pourrait tout autant dire une mécanique, tant leur approche narrative, très structurée, laisse peu de place à la spontanéité, ne procurant plus l’élan d’enthousiasme qu’avait suscité Le goût des autres. Au bout du conte se situe plutôt dans le prolongement de Comme une image et Parlez-moi de la pluie, de jolis tableaux humains soutenus par des thèmes et des thèses qui s’affichent avec doigté et intelligence. Quant au supplément d’âme, il semble égaré dans la forêt de tous ces mal-aimés.

 

 

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