Le Yukon d’hier et d’aujourd’hui - Filon musical à Dawson City

Des festivaliers installés à la bonne franquette devant une scène extérieure, dimanche, à Dawson City
Photo: Pierre Trudel Des festivaliers installés à la bonne franquette devant une scène extérieure, dimanche, à Dawson City

L’histoire du Yukon est intimement liée à la ruée vers l’or, bien que des Premières Nations y aient habité depuis des milliers d’années. L’un des territoires les moins peuplés du Canada, le Yukon n’en est pas moins extrêmement diversifié. Quatorze nations autochtones s’y côtoient, et la minorité francophone y est une des plus dynamiques au pays. Premier d’une série de trois textes sur un territoire méconnu.

John Steins était un tout jeune homme lorsqu’il a traversé le Canada en sautant sur des trains de marchandises, pour se rendre jusqu’à Dawson City, dans le nord du Yukon, où il vit encore aujourd’hui.

 

Et c’est dans cette petite ville du nord du Yukon, qui a été le centre de la ruée vers l’or à la fin du XIXe siècle, que le Torontois d’origine cofondait, il y a 35 ans, le festival de musique de Dawson City avec une bande d’amis.

 

Depuis, ce festival de musique, qui se tient annuellement, en juillet, sous le soleil de minuit, a accueilli des artistes de réputation internationale, de Bruce Cockburn à Blue Rodeo.

 

Il a aussi servi de rampe de lancement à des groupes qui se sont ensuite démarqués comme le groupe torontois Barenaked Ladies, ou le groupe de Winnipeg Crash Test Dummies.

 

Cette année, l’artiste québécoise Fanny Bloom y fait ses premières armes.

 

« Ce qui rend ce festival vraiment unique, c’est qu’il est presque entièrement soutenu par des bénévoles », dit Peggy Amendola, directrice du centre d’information de Dawson City.

 

« Les gens fabriquent des pizzas, qu’ils congèlent durant l’hiver, pour les servir aux artistes lorsqu’ils arrivent », dit-elle.

 

« Et la plupart des artistes sont logés chez des habitants. Il y a des artistes qui arrivent ici en se prenant un peu pour d’autres, mais quand arrive la fin du festival, ils ne veulent plus partir », ajoute John Steins.

 

Quant à la ville de Dawson City, elle semble toujours sortie tout droit d’un film western.

 

Au tournant du XIXe siècle, des milliers de chercheurs d’or, rêvant de faire fortune, y arrivaient à bord de radeaux, en provenance de Carcross, plus au Sud, après avoir traversé les montagnes Blanches depuis le port de Skagway, en Alaska.

 

« Durant un an, il n’y avait aucun argent comptant dans la ville, les gens payaient leurs biens avec de la poussière d’or », raconte Marieke Hiensch, qui offre des visites guidées de la ville.

 

Artistes en canot

 

À l’occasion du 20e anniversaire du festival, les artistes ont descendu la rivière Yukon en canot jusqu’à Dawson City, en provenance de Whitehorse.

 

« Les artistes arrêtaient en chemin pour donner des spectacles », raconte John Steins.

 

L’un de leurs arrêts s’est fait au petit village de Carmacks, du nom de George Carmack, qui a trouvé la fameuse pépite qui a déclenché la ruée vers l’or, il y a plus d’un siècle.

 

Durant l’hiver, alors que Dawson City ne jouit que de quatre heures de soleil, la ville ne compte que quelque 1350 résidants permanents. Ce nombre double en été, gonflé par les résidants saisonniers, mais aussi par les chercheurs d’or qui continuent de circuler dans les environs.

 

Il y a quelques années, Shawn Ryan, un jeune géologue originaire de Timmins, en Ontario, qui vivait jusqu’alors sans eau courante, découvrait un important filon d’or, qu’il a appelé le White Gold District. Ryan a vendu son filon à une autre compagnie, Underworld, qui l’a ensuite vendu de nouveau à la compagnie Kinross.

 

Pierre Duc, un Suisse qui a travaillé dans les campements de White Gold, se souvient d’avoir trouvé une pépite d’or de 20 onces (qui a été réduite à 10 onces après qu’on en eut extrait le quartz et l’argent), en marge de ces campements. À l’époque, l’or se vendait 1600 dollars l’once.

 

« J’ai payé plusieurs tournées avec cet argent », se souvient-il.

 

Aujourd’hui, le prix de l’or est à la baisse, même s’il se négocie toujours quelque 1000 dollars l’once.

 

« C’est 500 $ de moins qu’il y a quelques années. Ce qui fait que certains investisseurs sont partis », raconte Peggy Amendola.

 

Mais quel que soit le prix de l’or, Dawson City s’anime invariablement au moment du festival de musique.

 

« À ses débuts, le festival était vraiment d’orientation folk. Mais aujourd’hui, on reçoit plusieurs groupes de rap et de hip-hop. Il y a des enfants, dont les parents ont participé aux débuts du festival, qui ont pris la relève aujourd’hui », raconte John Steins.

 

À des centaines de kilomètres au sud, le festival de musique de Dawson City a désormais un petit frère, le festival de musique d’Atlin, sis dans une petite communauté idyllique tout au nord de la Colombie-Britannique, dans un village accessible seulement par le Yukon.

 

« On dit que le festival de musique d’Atlin ressemble à celui de Dawson City à ses débuts », remarque John Steins. Une ruée vers la musique qui fait des petits.

 

 

Ce reportage a été rendu possible grâce au soutien du ministère du Tourisme du Yukon.

1 commentaire
  • France Marcotte - Abonnée 22 juillet 2013 17 h 38

    C'est comme ça que j'aime la culture

    « Et la plupart des artistes sont logés chez des habitants. Il y a des artistes qui arrivent ici en se prenant un peu pour d’autres, mais quand arrive la fin du festival, ils ne veulent plus partir », ajoute John Steins.

    « Les artistes arrêtaient en chemin pour donner des spectacles », raconte John Steins.